Dans les coulisses du Stade de la Mosson

Publié le Jeudi 18 juillet 2019 à 11:05

Thierry Guittet, Directeur des Sports, et Thierry Bousquet, Responsable de secteur à la Métropole de Montpellier Méditerranée, nous ont raconté comment était entretenu les terrains du Stade de la Mosson et du GGL Stadium.

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Ils nous avaient apporté quelques précisions sur l'entretien du Stade de la Mosson pour accueillir la Coupe Du Monde Féminine de Football, Thierry Guittet (directeur des sports) et Thierry Bousquet (responsable de secteur à la Métropole de Montpellier Méditerranée) reviennent plus en détails sur cet entretien. 

 

Combien de personnes gèrent l'entretien de la pelouse ?

TG : Nous avons une équipe composée de trois jardiniers à temps plein pour l’entretien des terrains au quotidien. Trois jardiniers supplémentaires viennent pour entretenir la pelouse lors des matches.

 

Quel substrat est utilisé sur le terrain du Stade de la Mosson ?

TG : Concernant le substrat, nous nous sommes dirigés vers un terrain hybride avec la technologie AirFibr. C’est un substrat élaboré sans vie biologique auquel il faut tout lui apporter ! Nous avons choisi ce procédé suite à différentes présentations et différentes rencontres, dont des utilisateurs, car nous voulions nous adapter à la tendance de l’hybride. De plus, cette technologie a permis de répondre à nos problématiques. Premièrement, nous avions un problème l’hiver, nous sommes à côté de La Mosson (rivière) qui nous apportait beaucoup d’humidité sur le terrain. Ensuite, avec le schéma classique des substrats terre-sable et avec des trêves hivernales qui n’existent plus, nous avions des difficultés concernant la qualité et le visuel de la pelouse ainsi que des problèmes concernant la planéité car la pelouse se dégradait fortement.

 

Ce substrat est-il résistant face aux maladies ?

TG : L’hybride nous a permis de passer les hivers tranquillement, surtout la première année, mais l’été suivant nous avons été touchés par le fameux champignon de la pyriculariose. Le climat du Midi facilite le développement de cette maladie. Nous avons eu du mal à nous en remettre et nous avons connus des difficultés pour repartir correctement dès le début de la saison. L’automne et l’hiver ont été également compliqué. Face a peu de solutions et d’expérience contre ce champignon, nous avons eu la chance de rencontrer un chercheur du CIRAD qui connaissait ce champignon dans d’autres cultures, celles du riz et du blé en particulier. Il nous a aidé à trouver quelques procédés qui pouvait améliorer cela comme le fait d’assécher la rosée du matin avec des ventilateurs. Il a également fait des recherches pour nous amener vers des graminées plus résistantes. Cela nous a permis de mieux passer l’été d’après mais ce champignon est toujours présent. Sur le GGl Stadium, c’est un substrat terre-sable mais nous faisons actuellement une étude pour savoir vers quel substrat nous allons nous tourner.
 

Comment réagit ce substrat élaboré face aux fortes précipitions qui peuvent s’abattre dans votre région ?

TG : C’est un substrat plutôt bien drainant. Je dirais même que la qualité de notre pelouse est meilleure après une forte pluie. Il résiste très bien et nous avons une qualité de jeu très bonne.

TB : Il réagit très bien sur le moment de l’événement mais en revanche il y a une rétention d’eau qui est préjudiciable sur le long terme, c’est un équilibre.

 

Quel retour d'expérience pourriez-vous faire sur ce substrat ?

TG : Sur le retour d’expérience concernant la technologie AirFibr, si nous ne tenons pas compte du champignon c’est une expérience très positive car globalement, sur l’ensemble de la saison, nous avons un terrain meilleur par rapport au terre-sable que l’on avait avant.

Le champignon de la pyriculariose est arrivé depuis l’Euro 2016 sur l’AirFibr. Et certains soupçonnent qu’il a été apporté de l’étranger avec les équipes qui se déplaçaient sur les différents terrains accueillant la compétition (matches et centres d’entrainement). Pendant l’Euro 2016, nous étions le camp de base de la Suisse et nous avions mis en place des pédiluves pour éviter que cela se propage ailleurs. Le champignon était très présent dans le sud puis il est remonté plus au nord comme par exemple à Saint-Etienne. Nous pensons également qu'il est possible qu’il provienne de l’étranger mais nous ne pouvons pas le prouver.

TB : Nous avons transposé les problèmes rencontrés lors des hivers en été, c’est-à-dire que ce qui était compliqué en hiver lorsque nous avions un terre-sable l’est aujourd’hui en été avec l’Airfibr et inversement. Le substrat NaturalGrass a une rétention de chaleur qui est compliquée à gérer. Avant, nous avions une belle pelouse en été mais pas en hiver. Aujourd’hui c’est l’inverse.

 

Pensez-vous être bien équipés pour faire face aux maladies ?

TB : Nous sommes très bien équipés concernant la tonte et autres travaux mécaniques mais nous le sommes très peu en luminothérapie. Nous essayons de répondre très rapidement aux demandes des jardiniers. C’est sur le domaine de la luminothérapie que nous souhaitons progresser car nous débutons encore très mal le début du championnat à cause de la pyriculariose qui nous frappe depuis 3 ans. Nous le voyons d’ailleurs dans le championnat des pelouses, nous sommes très mal classés en début de saison puis, grâce au bon travail de nos jardiniers, nous remontons dans le classement. Nous commençons à prendre de l’expérience contre la pyriculariose et c’est pour cela que nous arrivons à remonter la pente. Contrairement à nos confrères de Béziers (voir dans cet article), nous avons la chance de n’avoir qu’une seule discipline à la Mosson et très peu d’entrainement sur le terrain. C’est très confortable pour nos jardiniers qui peuvent entretenir le terrain dans les meilleures conditions possibles.

TG : Avant la Coupe du Monde, des contrôles et des analyses ont été réalisés fréquemment par iTurf concernant la qualité de notre pelouse. Nous avions une très bonne pelouse pour accueillir la compétition. Nous avons également progressé sur notre gestion de l’arrosage. Nous avons compris qu’il faut la bonne quantité d’eau requise pour la pelouse. Nous avons une gestion par ordinateur pour être au plus proche de ce qu’il faut apporter comme eau, nous avons une station météo et des sondes à mains.

 

Comment gérez-vous les maladies ?

TB : Face aux maladies récurrentes nous faisons des traitements préventifs sous les conseils du CIRAD et de Novaria. Nous en faisons actuellement d’ailleurs avec des solutions reconnues mais qui n’ont pas forcément de résultats encore visibles. Il y aura des analyses et des vérifications pour voir si c’est bien ce traitement qui apporte des améliorations. Nous utilisons des produits « bio ». Les maladies se développent sur les mêmes zones du terrain. Dès que les conditions sont favorables (températures, hygrométrie, etc.), le champignon se propage.

TG : Nous avons un stade avec des ouvertures assez hautes et nous avons la Mosson à côté, il y a donc peu d’air et une rosée du matin qui est quasiment journalière, nous utilisons des ventilateurs pour pas que l’eau stagne sur la graminée.

 

Avez-vous des projets d’investissement ?

TG Non. Il y a eu une remise en état après la Coupe du Monde Féminine. Nous espérons continuer avec cette pelouse l’année prochaine sans être obligé de forcément la scalper. Il y aura peut-être un nouveau stade à l’horizon mais rien de figé.

 

Comment se déroule votre plan de fertilisation ?

TB : Au niveau du plan de fertilisation, nous avons recruté un jardinier de Lyon qui nous a proposé tout un plan de fertilisation qui a ensuite été validé par Novaria. Concernant le travail mécanique, il n'y a pas eu de travaux importants réalisés pour la Coupe du Monde car le délai entre la compétition et la fin du championnat était trop serré. Cependant nous avons fait quelques petites opérations classiques. (Plus de détails dans cet article)

 

Utilisez-vous des produits phytosanitaires ?

TB : Nous utilisons uniquement ce qui est autorisé. Avec le substrat hybride, nous sommes sous perfusion et cela nous contraint donc à utiliser ces produits en nous pliant aux exigences. Avec les nouvelles restrictions concernant les réglementations de l’utilisation de ces produits, cela devient compliqué d’entretenir un terrain. Le métier d’intendant tend à évoluer, ils devront s’adapter et ils se poseront certainement plus de questions. Le métier va certainement être encore plus stressant.

TG : Contrairement au terre-sable, tout va plus vite sur un substrat élaboré comme par exemple le développement d’une maladie. Le jardinier doit être pro-actif et doit faire face à des responsabilités grandissantes avec de nouvelles problématiques à résoudre. C’est pour cela que nous faisons appel à des sociétés conseils.

 

Ressentez-vous le réchauffement climatique ?

TG : Je ne sais pas si nous pouvons dire que c’est le réchauffement climatique qui amène cela. D’un autre côté un réchauffement climatique en février ou Mars nous arrange un peu. Dans notre région, il nous avantage surtout lors de l’hiver et de l’automne car il fait plus doux. Mais les étés sont bien plus rudes et cela n’est pas bon pour nous.

TB : De plus, le substrat élaboré garde bien la chaleur. Je ne sais pas si c’est le fait qu’il fasse plus chaud ou si cela provient du substrat qui garde mieux la chaleur mais nous nous retrouvons avec des températures conséquentes dans le sol. Elles peuvent aller jusqu’à 42° dans le substrat. Donc il est difficile de dire que cela soit lié au réchauffement climatique et je ne sais si nous pouvons réellement mesurer le réchauffement climatique sur une pelouse. Il y aura forcément une évolution des pathogènes qui vont migrer par rapport aux conditions climatiques mais de là à dire si cela est mieux ou moins bien je ne sais pas…

 

Les greenkeepers sont-ils confrontés à une pression de la part de différents acteurs (médias, joueurs, clubs, etc.) ?

TG : La pression vient premièrement de l’équipe sportive car, quand ils gagnent, les joueurs n’ont aucun problème concernant la qualité de la pelouse. En revanche, en cas de défaite, c’est à cause du terrain. Les ligues, avec les droits médias, mettent également la pression aux greenkeepers car il y a un besoin de rendu et de qualité concernant la visibilité de la pelouse lorsque les matches sont diffusés à la télévision.

Puis les intendants et les jardiniers se mettent eux-mêmes la pression pour justement avoir une belle pelouse quand ils la regardent à la télé. Il se comparent souvent avec les pelouses des autres stades. Nous échangeons avec les coachs, le référent pelouse et le stadium manager. Nous le faisons régulièrement pour les informer et leur dire ce qu’il se passe sur le terrain. Vu qu’ils ne s’entrainent pas au stade, ils découvrent la pelouse le jour du match. Nous préférons dire s’il y a un problème avant le match afin qu’ils ne soient pas surpris au moment venu.

 

redactionateprofield.com (Lucas Sanseverino)