Lycée de Neuvic : Les enjeux de la formation et la pénurie de main d'oeuvre

Publié le 23 mai 2022 à 05h12

Catégorie : Pratiques

Didier Chinot, responsable des formations golf et terrains de sport de Neuvic, et Eric Cazassus, directeur de l’EPLEFPA de Haute-Corrèze, évoquent les enjeux de la formation et les solutions pour faire face à la pénurie de personnel.

Didier Chinot, responsable des formations golf et terrains de sport de Neuvic, a répondu a quelques questions sur les enjeux de la formation.

Quels sont les enjeux de la formation ?

L’offre de formation de jardiniers de golf est de plus en plus importante avec la création ces dernières années de nouvelles formations. On aurait pu penser que cela allait créer une émulation et de l’excellence. En réalité, cela a généré un éparpillement des stagiaires avec un mise en péril financier des différents centres. On constate aussi un niveau d’exigence disparate, avec un contenu globalement tiré vers le bas. Concernant la formation d’intendants, le problème est totalement inversé avec un seul centre retenu par la FFG détenteur du titre : ce manque d’ouverture peut être préjudiciable en termes de complémentarité et d’expérience.

Une fois ce constat réalisé, il est primordial pour notre centre de garder son ADN, à savoir la transmission de connaissances à la fois théoriques et pratiques. La proximité du golf de Neuvic est une particularité unique et un atout considérable pour nos élèves. C’est à la fois un formidable outil pédagogique, qui permet de mettre en oeuvre des actions qui ne peuvent être vues en cours, et une véritable plateforme d’essai technique. C’est aussi un réseau de professionnels partenaires compétents, qui jouent un rôle majeur en tant que tuteurs dans les acquisitions de compétences.

L’objectif principal de notre formation est de bâtir des contenus qui sont en lien direct avec les attentes des professionnels en tenant compte des aspects sociétaux, environnementaux et technologiques d’aujourd’hui.

Quels sont ces aspects sociétaux ?

Nous sommes dans un monde qui pousse à aller toujours plus vite. Internet et les réseaux sociaux nous inondent d’informations, sans compter la réglementation qui évolue sans cesse. Si nous n’y prenons pas garde, nous pouvons vite changer de métier. Il faut donc en premier lieu veiller à ne pas s’éloigner de notre cœur de métier : le terrain et les hommes et les femmes qui l’entretiennent. Et dans le même temps acquérir des compétences pour apprendre à gérer l’information en priorisant, en sélectionnant en allant à l’essentiel.

Si ces notions doivent faire parties intégrantes de la formation des managers, les jardiniers doivent également, à mon sens, être sensibilisés à ce fonctionnement pour mieux comprendre les préoccupations de l’intendant et ainsi pouvoir alléger cette charge par des compétences de réactivité, d’anticipation et d’adaptation aux circonstances rencontrées. Il s’agit de former des gens capables d’apporter une plus-value en terme de réflexion. Cette professionnalisation est essentielle pour, à l’avenir, la préservation des emplois en relation avec l’accélération et l’évolution du métier.

La thématique des changements environnementaux est-elle abordée au centre de la formation ?

Nous ne pouvons plus nous le cacher: le réchauffement climatique change considérablement notre approche du métier. Nous ne pouvons plus travailler sur la base de protocoles applicables à tous. Nous devons revenir aux bases de notre métier, à savoir les notions agronomiques, la santé sanitaire des sols, les questions d’équilibre et devenir moins dépendants de la chimie.

La formation doit intégrer l’ensemble de ces notions dans les contenus en y ajoutant les problématiques liées aux restrictions en eau (gestion de l’arrosage) et l’échéance 2025 sur le 0 phyto (gestion des maladies par les changements de flore et/ou les actions mécaniques adéquates à chaque espaces et structures). Pour cela, il faut s’appuyer sur les innovations de la recherche en matière de semences, être plus pointu sur l’entretien mécanique des sols en lien direct avec chaque contexte.

Vous savez si vous avez une vie saine sans trop d’excès, que vous pensez à vos temps de repos, que vous vous alimentez de manière équilibrée avec des produits sains, que vous vous hydratez régulièrement, vous serez moins sujet à attraper des maladies, et tant bien même, elles seront moins graves au regard de la réponse de votre système immunitaire. Si en plus, vous vous soignez avec les médecines alternatives sans utiliser systématiquement des antibiotiques, votre corps aura la capacité à apporter les solutions. Et l’utilisation ponctuelle d’un antibiotique sera plus efficace.

Comment s’adapter aux nouvelles avancées technologiques = ?

Les avancées technologiques doivent effectivement être prises en compte. La robotisation des tontes, si elle était encore à l’étape expérimentale il y a 3-4 ans, a réalisé de gros progrès en termes de fiabilité. Différents outils d’aides à la décision existent déjà concernant certains indicateurs agronomiques. Dans certains milieux professionnels, les drones commencent à apparaître afin d’avoir une image à l’instant T de l’état sanitaire d’un sol. L’ensemble de ces outils doit être maîtrisé par des ateliers pratiques.

La robotisation de certaines tâches peut faire craindre des réductions de personnel (un raccourci que certains gestionnaires ne manqueront pas de faire). Je pense au contraire que la professionnalisation des jardiniers permettra de les réaffecter sur des tâches spécifiques liées aux enjeux écologiques à plus forte valeur ajoutée. D’où l’importance d’une remise en cause des contenus de formation afin de créer de nouvelles compétences et rendre ainsi indispensables les jardiniers pour un entretien écologiquement responsable des parcours.

Comment mettre les programmes de formation en adéquation avec la réalité du terrain ?

L’intendant prenant une charge de travail supplémentaire, il faut que les compétences des jardiniers soient à la hauteur de ces évolutions. La relecture des grilles salariales me semble une nécessité si l’on ne veut pas que cette population ressemble à celle de la restauration post COVID.

Les politiques mises en place demandent de la cohérence et de l’homogénéité pour être comprises et appliquées au sein de chaque structure. Ces évolutions ne peuvent reposer que sur le personnel chargé de l’entretien mais sur l’articulation qui passe par le propriétaire, le directeur, l’intendant et ces agents. Cette colonne vertébrale doit être inébranlable sous peine de fragiliser l’ensemble.

Enfin, les dernières réformes sur la rénovation des CS ne sont pas très encourageantes. Le nouveau CS sols sportifs engazonnés de niveau 4 pourrait sortir avec la préconisation de 400 heures de formation pour une durée totale de 6 mois avec la crainte de remplacer le CS initial jardinier de golf et sols sportifs engazonnés de niveau 3. Celui-ci comprend 570 heures de formation sur 12 mois soit une saison complète afin d’assimiler l’ensemble des tâches.Cela pourrait créer plusieurs paradoxes entre les enjeux à venir et la diminution du nombre d’heures de formation, entre les aspects économiques et les aspects écologiques ou encore entre les attendus et les entendus.

Eric Cazassus, le directeur de l’EPLEFPA de Haute-Corrèze, donne des pistes pour attirer les futurs élèves vers les métiers du golf et les retenir ensuite dans la filière :

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