La double casquette directeur-intendant pour mettre en place la transition écologique avec Guillaume Sajus

Dans cette troisième partie de l'interview, Guillaume Sajus aborde différentes thématiques comme le zéro phyto, la double casquette directeur-intendant et la biodiversité mise en place au Golf de Palmola.

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Nous avons rencontré Guillaume Sajus, directeur général du Golf de Palmola situé proche de Toulouse, et, dans la première partie de son interview, il nous racontait comment il est passé d'intendant à directeur de golf et la spécificité du parcours du golf de Palmola. Dans la seconde partie de l'interview, il nous parlait de l'entretien et de la gestion de l'eau du parcours et des travaux ambitieux à venir.

Aujourd'hui, dans cette troisième partie de l'interview, Guillaume Sajus aborde différentes thématiques comme le zéro phyto, la double casquette directeur-intendant, la biodiversité mise en place au Golf de Palmola.

Le “Zéro phyto””, est-ce possible ? 

C’est très compliqué aujourd’hui de faire de se passer de certains produits. C’est même un peu utopique à l'heure actuelle. Les greens de golf reposent sur une culture hors sol avec un substrat sable, des contraintes de passage de joueurs, d'ombrages, de construction et tout ça. En voulant maintenir la qualité que l'on a actuellement sur nos greens, on n'y est pas encore. Les produits pour nous aider de biocontrôle ne sont pas encore assez efficaces pour nous permettre d'y arriver. Mais, on travaille chacun de notre côté pour essayer et commencer à préparer les golfeurs à cette diminution d’intrants phytopharmaceutiques. Pour cela, on va diminuer les fréquences de produits, faire accepter un peu plus les tâches de maladie, c'est à dire ne pas être dans le traitement systématique. Quand il y a justement une attaque de maladie, il ne faut pas forcément traiter en plein. Moi je suis vraiment adepte du traitement localisé. Par exemple, en hiver, quand on a un peu de fusarioses qui commencent, on traite tâche par tâche. 

Je travaille à 70% en engrais organique sur mes greens et même sur toutes les autres surfaces. Je fais beaucoup d'opérations mécaniques pour justement essayer d'améliorer les conditions de mon sol pour que ma plante soit plus résistante. 

J'ai également remonté aussi mes hauteurs de tontes. Voilà, j'essaye de faire vraiment attention à ne pas aller dans l'excès de l'entretien dans la roule à tout prix, dans ces schémas qui sont très chronophages. J’essaye de faire un golf qui soit assez linéaire tout au long de l'année avec une qualité que j'améliore suivant les championnats mais c'est de manière assez linéaire. J’essaye vraiment de ménager et d'améliorer surtout mon substrat qui de ce fait là me rendra une plante beaucoup plus solide. 

C'est un retour à l'essentiel avec plus d'agronomie ? 

Complètement ! Au début de ma carrière, j'étais très dans l’optique d’essayer les nouveautés, tous les fournisseurs qui passaient. J'étais à fond là-dedans, je voulais un peu tout essayer. Je passais le pulvérisateur avec 50 choses dedans parce que l’on m'avait dit qu'il fallait essayer ça, que ça marchait et voilà. Je ne me posais pas de questions. Je me suis aperçu au fur et à mesure du temps que je suis revenu à un entretien très basique, très anglo-saxon. Tout cela, c’était encore il y a 5 ans. Quand j'ai commencé à m'occuper du Domaine Impérial où il y avait une exigence de qualité qui n'est pas la même qu'au Golf de Palomola car il y avait en plus la qualité esthétique qui était demandé et qui m’obligeait à passer pas mal de produits. Ici, la qualité esthétique du gazon, je l'ai mise de côté et je me concentre vraiment sur les qualités et le rendu sportifs de mes greens. A Palmola, l'esthétique, c'est mon dernier critère, c'est à dire d’avoir des greens jaunes ou des zones sèches, je m'en fiche. Et, les golfeurs petit à petit ici, ils comprennent. Mais c’est quand même beaucoup de communication. Mon rôle principalement, c'est d’aller sur le terrain, en saison, et discuter avec les golfeurs, leur expliquer le pourquoi du comment, répondre à leurs questions, être assez disponible pour créer de vrais échanges. 

Le fait d’avoir la double casquette directeur-intendant ne facilitent-elles pas les choses ?  

C’est sûr que cela facilite la communication et permet déjà de leur faire découvrir ce qu'est réellement le métier, comment on entretient un terrain de golf, les contraintes que l'on a, qu’elles soient budgétaires ou politiques par exemple. Parce que, pour moi, ce qui fait un golf, c'est à 95% le parcours de golf. Il faut fournir à nos membres un terrain de qualité et faire accepter cette transition qui va se mettre en place. Comme je le disais, c’est un gros travail de communication. On va laisser par endroit des zones test et laisser à chacun la possibilité d’essayer de trouver une recette qui marchera sur son golf parce que chaque golf est différent. Il faut vraiment réfléchir à des techniques d'entretien ou encore à des fréquences d'entretien tout en commençant à habituer le golfeur à tout cela. Je me questionne même à pourquoi ne pas laisser une zone sur le green à 0 traitement pour leur montrer à quoi ils seront confrontés. Donc le fait d’avoir cette double casquette facilite la communication et l’éducation des joueurs tout en faisant découvrir notre métier. Je pense que ça passe également par la Fédération Française de Golf qui doit avoir une communication axée sur les métiers du golf et sur les problématiques auxquelles chaque golf fait face et montrer que ce qui passe à la télé n’est pas une réalité. Car ces golfs très manucurés que l’on voit à la télé exigent des schémas d'entretien énormes, avec des jours de fermeture, du personnel et du matériel en conséquence. 90% des structures en France ne sont pas comme ça.  

Il faut savoir que la majorité des Golfs en France, c'est 18 trous avec un maximum de 5 personnes sur le terrain quand tout va bien.  

Comment travaillez-vous avec la biodiversité ici ? 

Nous avons travaillé avec la Fédération française de golf (ffgolf) et le Muséum national d'Histoire naturelle pour obtenir le niveau bronze du Label Programme Golf pour la Biodiversité. Cela nous a permis de faire un audit du parcours de Palmola par des biologistes. Il y a eu de bonnes surprises parce que on a trouvé des espèces d’orchidées d’autres choses très intéressantes comme de la microflore. Je vais le communiquer à mes membres au fur et à mesure de l'année, je vais mettre en place des petits panneaux sur chaque trou intéressant pour justement leur montrer le potentiel environnemental de leur golf et que ce n'est pas qu'un simple terrain de jeu, c'est aussi une réserve naturelle avec toute une faune et une flore. Avec les biologistes on a mis en place un plan de gestion différenciée, c'est à dire qu'il y a certaines zones que je laisse vraiment naturelle où j'ai des plans de fauche, je lutte contre les espèces invasives, etc. Les biologistes m'ont dit d'attendre certaines périodes par rapport aux floraisons, par rapport aux paires de reproduction de certaines zones humides que l’on a, etc. 

  Ce n'est pas un énorme entretien. Au contraire, c'est laisser la nature être sur un golf là où il n'y a pas besoin que ça soit des surfaces de jeu. Avant, les feuilles étaient toutes ramassées, même dans les sous-bois et les zones hors-jeu. J'ai souhaité arrêter parce que j'ai vu l'état de nos arbres se dégrader petit à petit. J'ai dit stop. Maintenant on arrête de ramasser les feuilles partout, on le fait uniquement sur les zones de jeu, cela permet de recréer un milieu favorable à nos mini zones de forêt. On les rebroie à l'intérieur du bois pour justement ne pas appauvrir nos sols et au fur et à mesure, avoir des arbres plus résistant. 

redactionateprofield.com (Lucas Sanseverino)

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