Phil Fifield (Brighton) : « Notre secteur devra devenir beaucoup plus analytique, plus efficace et plus adaptable »
Publié le 23 octobre 2026 à 07h00
Catégorie : Actualités
Head of Sports Stadia à Brighton & Hove Albion, Phil Fifield revient sur les technologies utilisées pour entretenir les pelouses du club anglais, les défis liés au changement climatique et les évolutions qui attendent le métier de groundsman.
Présent au TurfTech Summit 2026 à Brighton, Phil Fifield fait partie des groundsmen anglais qui misent de plus en plus sur les nouvelles technologies pour améliorer la qualité des surfaces de jeu. Un levier intéressant pour l’avenir de la filière, d’autant plus dans un contexte climatique de plus en plus difficile. Toutefois, le futur du métier ne repose pas uniquement sur les innovations technologiques pour le responsable des pelouses du club de Premier League.

Pouvez-vous nous présenter les installations que vous gérez avec votre équipe à Brighton ?
Le club dispose de deux principaux sites : l’Amex Stadium et l’American Express Elite Football Performance Centre, son centre d’entraînement.
Au centre d’entraînement, l’équipe compte 17 personnes à temps plein, avec un responsable des terrains d’entraînement et des stades, des responsables adjoints, des agents d’entretien expérimentés, ainsi qu’un responsable d’atelier et des mécaniciens. À l’Amex Stadium, je travaille avec cinq personnes à temps plein, auxquelles s’ajoutent des renforts les jours de match. Des membres de l’équipe du centre d’entraînement viennent également au stade pour acquérir de l’expérience lors des matchs et participer aux préparatifs. Le centre d’entraînement compte 17 terrains.
Quelles sont les principales technologies ou les principaux systèmes que vous utilisez ?
La technologie prend une place de plus en plus importante dans notre gestion de la pelouse. Nous utilisons des capteurs installés au-dessus et en dessous de la surface pour surveiller différents paramètres, notamment la teneur en eau, l’humidité de l’air, la température, la salinité et les conditions météorologiques. Nous utilisons également Turfcoach AI pour collecter des données sur l’ensemble du terrain, identifier et anticiper d’éventuels problèmes et prendre des décisions d’entretien plus éclairées.
Nous sommes également entièrement passés à l’éclairage de croissance LED avec Stogger, comme les participants ont pu le constater lors du TurfTech Summit. Les avantages des rampes Stogger vont bien au-delà d’un simple éclairage artificiel plus efficace. Nous pouvons travailler avec différentes formules d’éclairage multispectral, ce qui nous offre beaucoup plus de souplesse pour accompagner le développement de la plante à différents stades de croissance et dans différentes conditions environnementales.
La possibilité d’adapter le spectre lumineux est particulièrement intéressante dans un stade comme l’Amex, où l’apport de lumière naturelle peut être limité. L’association des LED, de l’éclairage multispectral et du suivi des paramètres environnementaux nous permet de mieux maîtriser les conditions de croissance du gazon.
Nous utilisons également des ventilateurs pour améliorer la circulation de l’air au-dessus de la pelouse. L’Amex est en quelque sorte une enceinte fermée, largement ombragée et bénéficiant d’une circulation naturelle de l’air limitée. La ventilation est donc extrêmement importante, aussi bien pour la santé du gazon que pour la gestion des maladies.
Avez-vous le sentiment que ces périodes de plus en plus chaudes et sèches modifient la manière dont les équipes d’entretien anglaises abordent la gestion de l’eau et des pelouses ?
Absolument. L’eau prend une place de plus en plus importante dans les discussions.
La question n’est pas simplement de se demander : « De quelle quantité d’eau avons-nous besoin ? », mais plutôt de savoir si nous l’utilisons intelligemment. L’objectif est de développer un système racinaire sain et une plante capable de tolérer les stress, plutôt que de chercher constamment à compenser une mauvaise santé du gazon par l’irrigation.
Cela implique de s’intéresser à la zone racinaire, à l’efficacité de l’irrigation, au choix des moments d’arrosage, au suivi de l’humidité et à l’état sanitaire général de la plante.
La prochaine étape, pour nous, consiste à étudier la récupération de l’eau et les moyens de la collecter et de la réutiliser, plutôt que de dépendre entièrement du réseau d’eau potable ou d’autres approvisionnements extérieurs. Si nous voulons réellement nous inscrire dans une démarche durable, nous devons considérer l’eau comme une ressource à gérer à l’échelle de l’ensemble de nos installations.
La technologie nous aidera également dans cette démarche. Si nous connaissons précisément le niveau d’humidité et la manière dont la plante réagit, nous pouvons prendre des décisions beaucoup plus pertinentes sur les moments et les endroits où l’arrosage est réellement nécessaire.
À l’avenir, comment pensez-vous que l’entretien des pelouses sportives en Angleterre devra s’adapter au changement climatique et à la pression croissante sur les ressources en eau ?
Je pense que notre secteur devra devenir beaucoup plus analytique, plus efficace et plus adaptable.
Nous devons comprendre le fonctionnement de la plante plutôt que de simplement chercher à préserver l’apparence de la pelouse. Des racines vigoureuses, des sols sains et une bonne activité biologique du sol vont devenir de plus en plus importants, car une plante en bonne santé est beaucoup plus à même de supporter les stress environnementaux.
La gestion de l’eau deviendra beaucoup plus précise. Nous aurons besoin de meilleurs systèmes d’irrigation, d’outils de suivi plus performants et de solutions plus efficaces pour récupérer et recycler l’eau. La récupération des eaux fait partie des pistes que nous étudions pour l’avenir à Brighton, car la réduction de notre dépendance à l’eau douce doit s’inscrire dans notre stratégie de durabilité à long terme.
Je pense également que la ventilation des pelouses va prendre une importance croissante, notamment dans les stades où les conditions environnementales deviennent de plus en plus difficiles. Elle peut nous aider à gérer les mouvements d’air et d’eau dans le profil du sol. La capacité à faire circuler l’air dans la zone racinaire, à améliorer le drainage et à maîtriser les conditions sous la surface pourrait devenir extrêmement précieuse face à des événements météorologiques de plus en plus extrêmes.
En parallèle, nous devrons nous intéresser à tous les autres facteurs qui contribuent à la durabilité de nos activités : la consommation d’énergie, les machines, l’éclairage, les engrais, les produits phytosanitaires, les déchets et les matériaux que nous utilisons sur nos installations.
De votre point de vue, quels sont aujourd’hui les principaux défis auxquels est confrontée la filière des pelouses sportives en Angleterre, et plus particulièrement à Brighton ?
L’un des plus grands défis est l’imprévisibilité croissante de la météo. Nous sommes confrontés à des conditions de plus en plus extrêmes, ce qui complique considérablement la planification des opérations. Nous pouvons passer de périodes très chaudes et sèches à des épisodes de pluies prolongées, qui entraînent des problèmes totalement différents.
L’eau et la durabilité deviennent évidemment des enjeux de plus en plus importants. Nous devons progresser dans notre capacité à récupérer, stocker et réutiliser l’eau, tout en veillant à apporter les bonnes quantités au bon moment.
Le stade lui-même présente des difficultés particulières. L’Amex est une enceinte largement ombragée, avec une circulation naturelle de l’air limitée. L’humidité et la pression des maladies peuvent donc être importantes. C’est pourquoi la circulation de l’air, l’élimination de la rosée, l’éclairage et le suivi des paramètres environnementaux occupent une place essentielle dans notre programme d’entretien.
Il y a aussi la dimension humaine. La saison est longue, les exigences imposées aux pelouses de haut niveau sont considérables et la marge d’erreur est très faible. Les équipes d’entretien doivent posséder un haut niveau de compétences, mais elles ont également besoin d’effectifs suffisants, de formation et d’accompagnement.
Après toutes ces années passées dans le secteur, qu’est-ce qui a le plus changé dans le métier de groundsman ? Et qu’est-ce qui, selon vous, définira cette profession au cours des dix prochaines années ?
Le plus grand changement est probablement la dimension technique et scientifique qu’a prise notre métier.
Lorsque j’ai commencé en 2005, il y avait évidemment déjà beaucoup de science derrière l’entretien des pelouses. Mais la quantité de technologies, de données et d’informations dont dispose aujourd’hui un groundsman n’a plus rien à voir avec celle de l’époque.
Nous mesurons désormais la teneur en eau, la fermeté, la température, l’humidité, la salinité, le roulement du ballon et la traction. Nous utilisons des éclairages de croissance, des systèmes de suivi environnemental, de l’intelligence artificielle et des machines de plus en plus sophistiquées.
Je pense que le développement des formules d’éclairage multispectral illustre bien la direction que prend notre secteur. Nous ne nous contentons plus d’apporter de la lumière : nous cherchons désormais à modifier plus précisément les conditions de croissance pour obtenir la réponse souhaitée de la plante.
Je pense également que les dix prochaines années seront marquées par une attention beaucoup plus forte portée à la sécurisation des ressources en eau et à la maîtrise de l’environnement des pelouses.
La récupération de l’eau, son recyclage et l’amélioration de l’efficacité de l’irrigation deviendront de plus en plus importants. Dans le même temps, les systèmes de subirrigation et les dispositifs de ventilation améliorés pourront donner aux équipes d’entretien un contrôle beaucoup plus précis des mouvements d’air et d’eau dans le profil du sol.
Au cours des dix prochaines années, je pense que notre profession sera encore davantage tournée vers la durabilité, les données, l’efficacité dans l’utilisation des ressources et la maîtrise des conditions environnementales. Nous devrons produire des surfaces de meilleure qualité tout en utilisant moins d’eau, moins d’énergie et moins d’intrants chimiques.
Mais je ne pense pas que les fondamentaux du métier aient changé. Je ne vois pas la technologie remplacer les équipes d’entretien. Elle nous apporte simplement des outils supplémentaires pour prendre de meilleures décisions.
Il faut toujours comprendre la plante, connaître le sol, observer la pelouse et savoir quand intervenir. La technologie peut vous fournir des informations, mais la véritable compétence consiste à savoir ce que signifient ces informations et quelles actions entreprendre.
En fin de compte, notre métier consiste toujours à produire une surface vivante et saine, sur laquelle les gens peuvent pratiquer leur sport.
C’est ce qui rend ce travail si gratifiant. Nous travaillons avec quelque chose qui évolue et pousse en permanence, et nous pouvons voir concrètement les résultats des efforts que nous avons fournis.