Mapei Stadium : La meilleure pelouse de la saison en Italie est naturelle

Publié le 24 juillet 2026 à 07h00

Catégorie : Pratiques

La pelouse du Mapei Stadium, à Reggio Emilia a été élue meilleure pelouse de Serie A à l’issue de la saison 2025/2026. Une distinction qui récompense une stratégie inhabituelle de retour à un gazon naturelle, alors qu’une pelouse hybride était installée. Gianni Casini, Grounds Manager pour Paradello, nous raconte en détails ce pari risqué mais murement réfléchi.

Gianni Casini et les équipes de Paradello célébrant le trophée de meilleure pelouse de Serie A de la saison 2025/2026.
Gianni Casini et les équipes de Paradello célébrant le trophée de meilleure pelouse de Serie A de la saison 2025/2026.

Dans une industrie sportive où les stades deviennent de plus en plus de véritables lieux événementiels et où les calendriers sportifs sont de plus en plus exigeants, faire le choix de passer d’une pelouse hybride à une pelouse 100 % naturelle pourrait sembler à contre-courant. C’est pourtant la stratégie qu’ont mené les équipes de Paradello au Mapei Stadium. Une décision payante puisque la pelouse a terminé en tête du classement de Serie A.

Gianni Casini, Grounds Manager pour l’entreprise italienne, porte le projet depuis plusieurs années. Ancien Head Groundsman de l’OGC Nice entre 2017 et 2022, il avait mené avec succès la conversion des terrains du club en bermuda. Cette même graminée est au cœur de la stratégie menée au Mapei Stadium.

 

Bonjour Gianni, qu’est ce qui a motivé le retour à une pelouse naturelle au Mapei Stadium ?

Le retour à une pelouse entièrement naturelle résulte d’une volonté claire de la propriété Mapei, qui souhaitait retrouver un terrain de jeu 100 % naturel sans renoncer aux très hauts standards de qualité atteints au cours des saisons précédentes. Il convient de rappeler que, même avec l’ancien gazon composé d’espèces de saison fraîche, le Mapei Stadium figurait déjà de manière constante parmi les trois meilleurs terrains de jeu de la Serie A.

Le défi était donc parfaitement défini : maintenir, voire améliorer, ce niveau d’excellence en utilisant exclusivement un gazon naturel. Après une analyse technique approfondie, nous sommes arrivés à la conclusion que la seule solution réellement envisageable était une Bermuda grass de dernière génération, associée à un programme agronomique extrêmement rigoureux et aux meilleures technologies disponibles pour la gestion du terrain.

Fin juin 2025, une pelouse 100 % naturelle en Bermuda Grass a été installée au Mapei Stadium.
Fin juin 2025, une pelouse 100 % naturelle en Bermuda Grass a été installée au Mapei Stadium.

 

Quelle stratégie variétale avez-vous adoptée ?

Le choix du cultivar est le résultat d’un travail de recherche particulièrement approfondi. Nous avons passé deux semaines aux États-Unis à visiter de nombreuses installations sportives, de la Californie à la Floride en passant par la Caroline du Sud, afin d’observer directement le comportement des principales variétés de Bermuda grass utilisées dans les stades professionnels.

À l’issue de cette étude, notre choix s’est porté sur NorthBridge, car cette variété offrait les meilleures garanties en matière de qualité, de performances sportives et de comportement agronomique. Elle s’est révélée être la mieux adaptée aux conditions climatiques de la latitude de Reggio Emilia.

La pertinence de ce choix est aujourd’hui confirmée par notre expérience de terrain. Depuis quatre ans, nous cultivons NorthBridge dans notre pépinière de production Paradello tout en l’installant et en l’évaluant sur des terrains de sport et des parcours de golf. Cette expérience nous permet de maîtriser parfaitement cette variété et d’en garantir la fiabilité à chaque étape de sa mise en œuvre.

 

Avec deux clubs utilisant ce terrain (US Sassuolo en Seria A et AC Reggiana en Serie B) , n’était-ce pas un pari risqué ?

Oui, il s’agissait incontestablement d’un pari, mais d’un pari mûrement réfléchi. Notre confiance reposait à la fois sur l’expérience acquise par Paradello dans la gestion des Bermuda grass au cours des dernières années et sur les recommandations de notre partenaire américain. L’ensemble des informations recueillies nous a convaincus que NorthBridge représentait le cultivar le plus adapté pour supporter le calendrier de deux équipes professionnelles tout en maintenant un niveau de qualité élevé pendant toute la saison.

 

Comment vous êtes-vous adaptés à cette situation ?

L’organisation a joué un rôle essentiel. Chaque intervention a été planifiée très en amont, avec une adaptation permanente du programme agronomique en fonction du calendrier des deux équipes. L’utilisation des technologies les plus performantes mises à disposition par la propriété Mapei, associée à un suivi permanent du terrain, nous a permis d’anticiper les problèmes plutôt que de simplement les corriger. Cette capacité d’anticipation et de planification a été déterminante pour maintenir le terrain au plus haut niveau tout au long de la saison.

 

Comment avez-vous géré les transitions saisonnières ?

Les transitions saisonnières ont été conduites selon une planification extrêmement rigoureuse, avec une attention presque obsessionnelle portée au moindre détail.

La première transition automnale, de la Bermuda grass vers le Ray-grass anglais (Lolium perenne), représentait la phase la plus délicate de toute la saison. Nous ne disposions que de douze jours entre deux rencontres officielles et nous sommes parvenus à réaliser un sursemis parfaitement réussi, aussi bien sur le plan esthétique que fonctionnel, un résultat obtenu dans un délai exceptionnellement court.

Au cours de la saison, nous avons ensuite réalisé plusieurs sursemis localisés et ciblés afin de renforcer les zones les plus sollicitées par les matchs, tout en maintenant une densité élevée du couvert végétal.

 

Avez-vous rencontré des périodes particulièrement difficiles ?

Étonnamment, non. Personnellement, je m’attendais à devoir faire face à quelques moments délicats au cours de la saison. Pourtant, le terrain de jeu a conservé, du début à la fin, un niveau d’excellence remarquable sur les plans agronomique, fonctionnel et esthétique.

Cela ne signifie évidemment pas que le travail ait été facile. Bien au contraire, nous sommes restés constamment vigilants et avons exploité au maximum l’ensemble des technologies installées au Mapei Stadium, sélectionnées avec la propriété précisément pour permettre une gestion extrêmement précise et réactive du gazon.

 

Comment le programme d’entretien a-t-il été adapté ?

La principale adaptation a concerné la période de transition automnale, entre septembre et novembre. Durant cette phase, il est essentiel d’accompagner progressivement la Bermuda grass vers sa dormance tout en préservant l’intégrité du couvert végétal. L’objectif est de conserver un réseau dense et vigoureux de stolons et de rhizomes qui, pendant l’hiver, remplit une fonction très proche de celle des fibres synthétiques présentes dans les systèmes hybrides.

C’est précisément l’un des grands atouts d’une Bermuda grass mature comme NorthBridge : maintenir une base végétale extrêmement stable durant toute la période hivernale et assurer une reprise végétative rapide et homogène dès le retour des conditions favorables.

 

Quel pourcentage de Bermuda grass avez-vous réussi à conserver au cours de la saison ?

La Bermuda grass est restée présente sur pratiquement toute la surface du terrain.

Au moment de la transition printanière, du ray-grass anglais vers la Bermuda grass, nous avons constaté une présence homogène de la variété sur près de 95 % de la surface de jeu. Comme il est normal, dans les zones les plus ombragées et les plus sollicitées par le piétinement, sa présence était légèrement moins importante, tout en restant largement suffisante pour garantir une reprise végétative rapide.

 

Les entraîneurs et les joueurs ont-ils remarqué des différences ?

L’Italie possède désormais une longue tradition dans la gestion des pelouses en Bermuda grass. Contrairement à de nombreux autres pays européens, cette espèce est utilisée depuis les années 1990 et les entraîneurs comme les joueurs sont aujourd’hui parfaitement habitués à s’entraîner et à évoluer sur ce type de surface.

La transition s’est donc faite tout naturellement, confirmant une nouvelle fois qu’une Bermuda grass de dernière génération, lorsqu’elle est correctement conduite, constitue une solution parfaitement adaptée aux exigences du football professionnel.

 

La stabilité du terrain a-t-elle été comparable à celle de l’ancien système hybride ?

Je dirais même qu’elle a été équivalente, voire supérieure. Tous les deux mois, nous réalisons une évaluation complète des performances du terrain de jeu en analysant l’ensemble des principaux paramètres fonctionnels. Cette saison a été la première au cours de laquelle le Mapei Stadium a obtenu la note maximale de cinq étoiles lors de chacune des évaluations réalisées tout au long de l’année.

Ces résultats démontrent qu’une pelouse naturelle, lorsqu’elle est correctement conçue, installée et entretenue, peut atteindre des performances au moins équivalentes à celles d’un système hybride.

 

Quels paramètres ont été les plus difficiles à maintenir ?

Nous avons la chance de pouvoir échanger en permanence avec les joueurs et les staffs techniques grâce à des questionnaires spécifiques, qui nous fournissent des informations très précises sur la qualité du terrain de jeu.

Le paramètre ayant nécessité la plus grande vigilance a été la vitesse de roulement du ballon. La Bermuda grass présente en effet une texture plus abrasive et tend naturellement à ralentir le déplacement du ballon, ainsi que celui des joueurs, en particulier au printemps, lorsque la Bermuda recommence à se développer sous le ray-grass et que les deux espèces cohabitent temporairement.

Afin de préserver un terrain rapide et performant tout au long de la saison, nous sommes intervenus au moyen de verticutages, de sablages et de pratiques agronomiques ciblées, ce qui nous a permis de satisfaire en permanence les standards exigés par le football professionnel.

 

Avez-vous observé une dégradation plus importante dans les zones les plus sollicitées du terrain ?

Au contraire. Par rapport aux saisons précédentes, la dégradation du terrain a été nettement plus limitée, y compris dans les zones traditionnellement les plus sensibles, comme les surfaces de but.

Tout au long de la saison, ces secteurs ont conservé une densité de couverture supérieure à 90 %, un résultat particulièrement remarquable. Sur une pelouse naturelle, il est habituellement nécessaire de remplacer au moins une fois les plaques de gazon dans les surfaces de réparation durant la période hivernale. Cette saison, aucune réfection de ce type n’a été nécessaire, ce qui confirme l’extraordinaire capacité de la Bermuda grass NorthBridge à résister au piétinement tout en maintenant un niveau de performance élevé, même dans les zones les plus sollicitées.

 

Un an plus tard, les bénéfices environnementaux sont-ils mesurables ?

Absolument.

L’un des résultats les plus significatifs a été la réduction drastique de l’utilisation des fongicides. Dans une région comme Reggio Emilia, caractérisée par une forte humidité et des températures basses entre octobre et mars, historiquement très favorable au développement de maladies telles que le Microdochium nivale et le Dollar Spot, nous n’avons réalisé qu’un seul traitement fongicide durant toute la saison.

Ce résultat a également été rendu possible grâce à l’utilisation des modules LED photosynthétiques de dernière génération ainsi que de la machine de traitement par rayonnement ultraviolet UVC180, qui nous ont permis d’adopter une stratégie de prévention principalement biologique.

Le Mapei Stadium est équipé de rampes de luminothérapie LED.
Le Mapei Stadium est équipé de rampes de luminothérapie LED.

Sur le plan environnemental, le projet a également produit un impact concret : les fibres synthétiques retirées de l’ancien terrain hybride n’ont pas été éliminées comme déchets, mais recyclées pour fabriquer des bancs installés aux abords du stade, transformant ainsi un matériau en fin de vie en un équipement utile à la collectivité.

 

Avez-vous réduit certains intrants techniques ou la consommation de ressources ?

Nous avons considérablement réduit les intrants chimiques, en privilégiant l’utilisation d’engrais organo-minéraux, de biostimulants et de micro-organismes afin de recréer un écosystème du sol plus naturel et biologiquement plus actif.

Par ailleurs, nous avons repris un certain nombre d’opérations culturales qui étaient devenues moins fréquentes avec l’ancien système hybride, améliorant ainsi encore davantage la qualité agronomique de la pelouse.

 

La Bermuda grass vous a-t-elle permis de réduire les besoins en eau ?

Durant la période estivale, les économies d’eau ont été comprises entre 30 et 40 %. Alors qu’une pelouse constituée d’espèces de saison fraîche nécessite généralement des irrigations quotidiennes de l’ordre de 5 à 8 mm, une Bermuda grass de dernière génération requiert environ 5 à 6 mm d’eau tous les deux à trois jours. Il s’agit de l’un des principaux avantages de cette espèce, tant du point de vue environnemental que de celui de la gestion et de la durabilité des installations sportives.

 

Quels ont été les principaux facteurs qui ont permis d’obtenir cette reconnaissance ?

Cette distinction est le fruit d’un projet initié il y a quatre ans, lorsque Paradello, sous ma supervision, a pris en charge la gestion agronomique du Mapei Stadium.

Elle récompense le travail d’une équipe qui a su progresser sur les plans technique, organisationnel et humain, tout en construisant avec la propriété Mapei une relation fondée sur la transparence, la confiance et le partage permanent des objectifs. Dès le début du projet, chaque décision importante a été prise conjointement, dans un véritable esprit de collaboration.

Je pense que cette reconnaissance revêt également une valeur toute particulière pour une autre raison : il est extrêmement rare, à l’échelle mondiale, qu’un terrain de football entièrement naturel, utilisé de façon permanente par deux équipes professionnelles, soit distingué comme meilleur terrain de jeu.

C’est une réalisation dont nous sommes particulièrement fiers et qui démontre qu’avec une vision claire, une planification rigoureuse et les meilleures compétences techniques, une pelouse 100 % naturelle peut atteindre les plus hauts niveaux de performance du football professionnel.

 

Corentin RICHARD

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