Le regard du consultant Alexandre Ragonnet sur le greenkeeping

Publié le 14 février 2022 à 06h00

Catégorie : Pratiques

Alexandre Ragonnet, gérant du Bureau d’Etudes d’ingénierie en sols sportifs chez R.Consult, a répondu à nos questions sur des thématiques clés de la la filière de l’entretien des terrains de sport en donnant sa vision sur le greenkeeping actuel, son évolution et sur les contraintes qui touchent la profession.

Alexandre Ragonnet,gérant du Bureau d’Etudes d’ingénierie en sols sportifs chez R.Consult, est un consultant et formateur agréé. Nous l’avons interviewé sur différentes problématiques qui touche la filière du gazon sport pro et le greenkeeping.

Pourriez-vous vous présenter ?

Je suis avant tout un homme de terrain riche d’une expérience de plus de 30 ans dans le milieu du golf. Autodidacte, j’ai fait mes armes sur le golf de Montpellier Massane en passant de la construction des parcours à la préparation des cartes d’accès au circuit européen en collaboration avec des Surintendants de la PGA.Puis successivement, Intendant de parcours sur les golfs de La Valdaine et Nimes Campagne. A la suitede mon expérience en tant que directeur technique sur le golf de Nîmes Campagne, j’ai créé un bureau d’études d’ingénierie en sols sportifs appelé P.A.R.Après 4 ans d’exercice, j’ai vendu mon bureau d’études, et j’ai rejoint en tant que Surintendant le golf de Terre Blanche où, entre autre, nous avons préparé les parcours pour les différentes épreuves des Ladies Open et French Riviera Master.

Quelle est la différence entre un consultant et un greenkeeper ? Qu’est-ce qu’il apporte en plus ?

Pour moi un consultant doit avoir impérativement une grande expérience du terrain. Il apporte un regard neuf et a une autre vision du parcours que n’a pas forcément l’intendant, qui bien souvent a la tête dans le guidon. Il ne fait pas partie de la société et n’a pas les problèmes internes que peuvent parfois rencontrer les intendants dans le fonctionnement quotidien du club. Il est donc uniquement concentré sur le parcours. Et puis il apporte des solutions innovantes qu’il a pu observer ou qu’il a mis en place sur d’autres parcours et qui s’avèrent avoir fait leurs preuves.

Quelles sont les références sur lesquelles vous avez travaillé ?

Les golfs du Grand Avignon, la Valdaine, Nimes Campagne, plus récemment, j’ai réalisé des audits sur les golfs de Massane, Château l’Arc golf club, Estérel, Cap Estérel, Pic Saint-loup, Falgos, Saint Martin de Crau, Faulquemont, Ableiges, La Vaucouleurs avec qui je commence une nouvelle collaboration.

Quels sont les travaux récents, en cours et à venir pour R.Consult ?

La maitrise d’œuvre des bunkers du golf de Valgarde, de Faulquemont.Sur le golf de Montpellier Massane Loisirs avec de nombreux travaux comme la maitrise d’œuvre des bunkers, la rénovation du practice, les études et la mise en place du réinversement de la flore, d’espaces de biodiversité telles que des prairies, les études sur la rénovation de l’arrosage : le hard line.Le dessin des parcours sur tous les golfs que j’ai en consulting. Cela permet de relooker les parcours, de repartir sur des surfaces réelles, mais aussi de définir des zones de hauts roughs.Sur le golf du Pic Saint loup avec la reprise de certains départs, et la mise en œuvre sur un fairway du réinversement de la flore. Sur le golf d’Ableiges avec l’arrivée du nouvel intendant des travaux de drainage et d’arrosage.

Comment le réchauffement climatique a impacté la gestion et l’entretien des terrains de sport ?

Il y a un effet certain du réchauffement climatique. Les saisons sont de moins en moins marquées, tout au moins la période hivernale. Plus d’insectes, de parasites, de bactéries. Il y a donc des répercussions sur l’évolution et la pression des pathogènes dans les périodes printanières et estivales.L’entretien des surfaces commence de plus en plus tôt pour les responsables des surfaces gazonnées, ce qui laisse moins de temps pour préparer la saison. Ce qui veut dire prématurément plus de tonte, plus d’arrosage, donc plus de consommations au niveau des machines, des consommables, de la main d’œuvre, de l’eau, des carburants, etc.. Etde ce fait plus, il y a de « pollution » de l’environnement.

En quoi la conversion de flore et les graminées estivales vont permettre de répondre au zéro phyto ? De même pour l’augmentation des opérations mécaniques ?

A l’aube de 2025, la conversion de la flore semble inévitable, car de nombreux parcours sont pollués de graminées indésirables. Il existe aujourd’hui sur le marché de nombreuses variétés qui peuvent répondre à des consommations mesurées de l’arrosage et qui sont moins vulnérables aux maladies cryptogamiques des gazons. Avant son installation, l’étude sur le choix des graminées est essentielle et doit tenir compte de nombreux facteurs, situation géographique, sol, qualité de l’arrosage, pollution de la flore environnante, fréquence et hauteur des tontes, fréquentation des parcours etc.Toutefois, le réinversement de la flore demande du temps, une méthodologie, et des moyens financiers au niveau de la main d’œuvre, des matériels, du sable, des semences, etc.que ne pourront pas s’offrir tous les golfs.Lorsque j’étais intendant de parcours, j’ai toujours prôné et réalisé avec mes équipes un maximum de travaux mécanisés des sols, et effectué des regarnissage fréquents sur l’ensemble des surfaces de jeu. L’augmentation de ces travaux mécanisés des sols, est aussi pour les Directeurs de Golfs, Présidents, membres des comités, une communication importante à tenir auprès de leurs clientèles. Les golfeurs sont habitués déjà depuis de nombreuses années à une ou deux aérations classiques que réalisent les intendants de parcours. Sont-ils prêts, ou vont-ils comprendre que ces opérations vont devoir fortement s’intensifier dans les prochaines années ?

Le zero phyto, est-ce réellement possible ?

Tout dépend de ce que sont en mesure d’attendre les golfeurs en terme de qualité des parcours. En toute objectivité, même pour des golfs d’un standing de haut niveau ayant des gros moyens, cela va être compliqué.L’interrogation se fait sur au moins deux points essentiels que sont les maladies cryptogamiques des gazons et les pollutions des graminées indésirables, avec dans le sud, une forte pression des graminées estivales des plus « coriaces » comme les Passpalum et l’Eulésine. Dans ces deux cas d’infection, le tapis végétal peut devenir très rapidement injouable, ou du moins ne pas permettre de jouer dans de bonnes conditions.

Pour revenir sur les maladies cryptogamiques des gazons, nous le savons tous, le gazon est un être vivant, il réagit donc sur de nombreux points comme le corps humain. Malgré une « hygiène équilibrée », bienveillante, nous ne sommes pas à l’abri de tomber malade. Lorsque c’est le cas, nous sommes bien contraints de nous soigner, et de suivre les prescriptions médicales. Il en est de même pour le gazon. Sans médicament, ou un traitement adapté, la guérison n’est pas possible.

Que pensez-vous de la gestion actuelle de l’eau et comment la rendre plus efficiente ?

La gestion de l’eau est déjà depuis plusieurs années un enjeu important sur les golfs. Elle l’est encore plus dans son utilisation d’aujourd’hui et de demain. Pour une gestion contrôlée de l’eau, il est primordial d’avoir un système d’arrosage et des équipements performants.Aujourd’hui, et avec des parcours en France qui ont en moyenne plus de 25 ans d’âge, la plupart des installations sont à reprendre.Les golfs qui reprennent leurs installations d’arrosage doivent aussi repenser le dessin de leur parcours. Il est révolu le temps où sur un parcours toutes les surfaces se doivent d’être bien vertes et tondues régulièrement.

La première approche et le premier conseil que préconise R Consult auprès de ses golfs partenaires, est de redessiner en concertation avec la Direction, le Pro de golf, et l’intendant de parcours chacune des surfaces de jeu.Tout en proposant un parcours adapté à tous les niveaux de joueurs, la finalité de ce travail permet de n’obtenir que des avantages, avec bien souvent des surfaces revues à la baisse pour les grandes zones de jeu, ce qui inévitablement a des répercussions bénéfiques sur : le gain de temps des tontes avec de surcroît un réel impact sur l’économie des tondeuses, des consommables, pièces d’usure, des combustibles et donc plus de respect de l’environnement, moins de surfaces à fertiliser et l’aménagement de surfaces de hauts roughs permet de préserver la biodiversité.

Tous ces avantages ont aussi un fort impact sur la gestion de l’eau. Par exemple, ce travail réalisé sur le golf de Montpellier Massane Loisirs lors de la saison 2021 a permis d’économiser un peu plus de 550 m3 d’eau par jour.Ce nouveau tracé a aussi permis de réaliser les études de la future implantation de l’arrosage en mode hard line.Pour les golfs qui sont dans une perspective de reprendre leur réseau d’arrosage, le procédé du hard line semble pour ma part la solution la mieux adaptée pour une gestion de l’eau contrôlée.

Quel est votre point de vue global sur les greenkeepers actuels ?

Il faut arrêter de penser ou de faire croire qu’il n’y pas de bons greenkeepers en France. J’en connais un grand nombre qui ont de très grandes compétences. Les greenkeepers français son souvent comparés à tort à nos confrères étrangers anglais et américains, mais posons-nous les bonnes questions. Les intendants français ont-ils les mêmes moyens pour s’exprimer au niveau de la main d’œuvre ou encore des matériels? Sont-ils pris au sérieux et respectés comme les intendants le sont dans ces pays-là ? Sont-ils rémunérés à la même échelle ? Ce que l’on peut dire c’est que malheureusement nul n’est prophète dans son pays.

Comment le métier a évolué et quel est l’avenir du greenkeeping ?

Il a évolué, ne serait-ce que par la force des choses. Il est évident que de nos jours de nombreux outils technologiques et d’aide à la prise de décision sont bénéfiques. L’exemple des sondes de sols « portatives » pour une meilleure gestion de l’eau en fait partie.L’arrivée de la robotisation des tontes ou encore du ramassage des balles qui fait d’ailleurs l’objectif de ma mission de maitrise d’œuvre sur la réfection du practice du golf de Montpellier Massane Loisirs, est l’avenir. Il ne faut pas que les intendants perçoivent cette technologie comme un ennemi, mais plutôt comme un allié.Le temps « dégagé » à cette tâche va permettre aux intendants de réaliser avec leurs effectifs des travaux beaucoup plus valorisants et importants comme les travaux mécanisés des sols, les regarnissages, le suivi et la gestion de l’arrosage etc., plutôt que tondre des surfaces où les opérateurs ne sont pas vraiment en sécurité, et des joueurs souvent mécontents de trouver des jardiniers sur leur passage. Pour autant, il est utile que les Directeurs et les Présidents comprennent que l’investissement de robots ne doit pas se substituer à des effectifs greenkeeping qui sont bien souvent limités.

Que pensez-vous de la formation actuelle du greenkeeping et qu’est-ce qu’il manque selon vous du point de vue d’un consultant ?

La formation a toujours existé par le biais de l’AGREF. J’en ai moi-même suivi à de nombreuses reprises, et les intervenants ont toujours été de hauts techniciens. La formation est toujours enrichissante, mais c’est aussi l’échange avec nos homonymes lors de ces sessions qui est très intéressante.Ce qu’il manquerait peut-être c’est un partenariat avec des écoles de formation à l’étranger.

Comment s’est déroulée la formation au golf de Massane, qu’apportez-vous en plus aux greenkeepers présents depuis longtemps comme Pierrick Maneo, quels thèmes ont été abordés ?

La formation s’est très bien déroulée et les retours des salariés et de la Direction ont été très bons. Les sujets abordés avec Pierrick ont été d’ordre de mise en place de suivi et d’organisation tels que les plannings, l’annualisation, la sécurité au travail avec entre autres des fiches d’autorisation du matériel, la tenue des inventaires, des budgets.

Retrouvezl’interview de Pierrick Maneoainsi quel’interview de Julien Deleplancque sur les projets ambitieux du Golf du Domaine de Massane

redaction.gsph24atprofieldevents.com (Lucas Sanseverino)

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