Hippodrome de La Teste-de-Buch : Un homme d’expérience aux commandes

Publié le 12 juillet 2022 à 05h00

Catégorie : Pratiques

Depuis 2016, l’hippodrome du Béquet à La Teste-de-Buch profite des 30 années d’expérience dans l’entretien des pistes hippiques de son directeur technique, Lionel Jouan. Dans un Sud-Ouest en proie à de fortes chaleurs, il nous a livré ses secrets de l’entretien des pistes.

Aux abords des plages du Bassin d’Arcachon, à près d’une heure de route de Bordeaux, se dresse l’hippodrome de la Teste-de-Buch, bordé de verdures et de pins. Lionel Jouan y est arrivé en 2016 avec un CV hippique bien garni. Issu d’une famille de trotteurs, cet ancien éleveur de chevaux a débuté sa vie professionnelle comme exploitant agricole. Il prend la direction technique de l’hippodrome de Toulouse dans les années 1990. Accompagné pendant un an et demi par son prédécesseur, il passe 9 ans dans la ville rose avant de partir pour l’hippodrome du Bouscat à Bordeaux. Il y restera 8 ans avant de s’envoler pour Marseille où il gèrera pendant 7 ans les hippodromes de Borély et Vivaux avant de retourner dans son Sud-Ouest natal en tant que directeur technique de l’hippodrome du Béquet.

Sollicité pour son expertise technique en entretien de pistes de trot et de galop par de nombreux hippodromes du Sud-Ouest, il a décidé de proposer ponctuellement ses services via un statut d’autoentrepreneur. Il réalise ainsi des travaux et apporte ses conseils aux hippodromes d’Agen, Bordeaux, Toulouse, Grenade-sur-Garonne, Royans, Eauze, Biarritz et Angoulême, en interaction avec les équipes locales.

A la fois hippodrome et centre d’entraînement

En cette matinée de milieu de semaine, nous sommes surpris de rencontrer autant de chevaux sur le site. « On est hippodrome mais aussi centre d’entraînement », nous explique-t-il. « Il y a à peu près 400 chevaux à l’année et 200 personnes qui y travaillent, dont 22 entraîneurs. » Si les écuries, louées par la Société des courses de la Teste propriétaire des lieux, ne font pas partie du périmètre de Lionel Jouan, la présence du centre d’entraînement génère un surcroit de travail non-négligeable au niveau des pistes : les pistes d’entraînement en sable sont hersées toutes les demi-heures et arrosées quotidiennement, la niveleuse est passée tous les dix jours pour assurer leur planimétrie.

L’hippodrome compte trois pistes gazon : une piste de galop de 2050 m de long et 25 m de large avec la plus longue ligne droite du Sud-Ouest (1100m), une piste de haie de 1950 m et une piste de plat de 1860 m pour les entraînements. Cela représente 12 hectares de surfaces engazonnées au total. De mars à septembre, l’enceinte accueille 18 réunions de courses, soit 137 courses au total.

Mais le directeur technique reconnaît qu’il a la chance d’avoir une bonne équipe à ses côtés pour s’en occuper. Composée de 9 personnes, elle comprend 7 personnes affectées à l’entretien du site : lui et son adjoint, un chauffeur, une jardinière, un mécanicien, une peintre et un ouvrier polyvalent.

L’entretien en détail

Durant la trêve, les différents travaux visent à avoir une piste opérationnelle pour la reprise de la saison. « Quand arrive la trêve nous faisons un traitement sélectif. Puis nous scarifions la piste une fois les mauvaises herbes détruites » lance-t-il. Vient ensuite le décompactage lors duquel Lionel Jouan se démarque particulièrement en utilisant à la fois le Verti-Drain et le Shockwave. « J’ai eu une expérience à Hyères où les chevaux glissaient dans les virages.

On a passé le Shockwave, on avait une bonne infiltration de l’eau, ça décompacte le sol, c’est indéniable. On n’avait plus de glissade. Pour moi les deux sont complémentaires : je passe le Verti-Drain en premier, puis le Shockwave et je regarnis derrière. Ça marche vraiment bien », explique-t-il.

S’en suivent des apports en matières organiques avec de la chaux et des produits Frayssinet, et un regarnissage de la piste. Le mélange n’est pas homogène sur l’intégralité de la piste. La corde, plus sollicitée par les chevaux, est regarnie avec un mélange 80 % Ray-grass et 20 % fétuques élevées afin d’avoir une pelouse résistante à la chaleur. Le reste de la piste est regarni en 3 Ray-grass.

Lorsque la compétition reprend au mois de mars, la routine d’entretien change. « On fertilise tous les deux mois, en fonction de la pluviométrie. Je fais de l’aération à lames une fois par mois et un verti-drain tous les deux mois », ajoute Lionel Jouan. Les jours de course, deux personnes sont déployées tous les 200 mètres sur la piste pour reboucher les trous. Elles sont 18 le lendemain des courses pour s’occuper de l’intégralité de la piste durant toute une journée.

Dès lors que les trous sont rebouchés, l’équipe d’entretien s’attèle à rectifier la planéité du sol. « On roule la piste avec une tondeuse attelée frontale WESSEX RMX 360, qui présente l’avantage de couper le gazon avant le passage des roues du tracteur. On la passe une à deux fois par semaine, à 10 cm de hauteur pour avoir un tapis herbeux suffisant pour protéger le sol. Et si le terrain est vraiment abimé, je passe le Verti-Drain », ajoute le directeur technique. Tout l’enjeu est ici de trouver le juste milieu entre une hauteur de brin qui amortit et protège le sol tout en évitant la formation de « peau de chien » qui favorise les glissades. Dans ce but, Lionel Jouan préconise d’alterner les sens de tonte. « Avec la WESSEX on évite la « peau de chien », c’est une tondeuse qui tond très vite et qui redresse très bien les brins de gazon malgré son rouleau avant », ajoute-t-il.

Un bon sol pour les chevaux, pas pour les végétaux

On serait tenté d’affirmer que l’hippodrome de La Teste-de-Buch est chanceux tant il est épargné par les maladies. Seuls les campagnols viennent quelques fois abimer la pelouse de la piste. Un traitement sélectif est toutefois appliqué en octobre et au printemps pour empêcher l’invasion du trèfle et de la Véronique de Perse. Mais du fait de sa situation géographique, La Teste doit faire face à quelques contraintes climatiques et pédologique. Le sol y est sableux et acide, donc pauvre en matières organiques, ce qui nécessite plusieurs interventions. « C’est un sol qui se compacte très vite avec du sable fin. Il faut beaucoup arroser car il est très séchant, beaucoup décompacter et beaucoup fertiliser. En azote je suis à peu près à 180 unités par an » précise Lionel Jouan.

Surtout, la région est soumise depuis quelques années à de très fortes chaleurs durant la saison estivale, lorsque la saison bat son plein. Impossible de rafraîchir le gazon les jours de course, la souplesse du sol et l’adhérence de la piste devant être optimales. « Lorsqu’il y a des fortes chaleurs le gazon brûle à vue d’œil. Le jour de course, le gazon demande plus d’eau qu’on ne peut lui en donner. Nous on gère le sol, la souplesse. Lorsque les courses se succèdent et qu’il fait chaud, les pistes s’abîment. Ici trois jours sans arrosage l’été et le gazon est brûlé. C’est un très bon sol techniquement pour les chevaux, mais pas pour les végétaux », assure-t-il. C’est justement en raison de ces aléas que le mélange fétuques/Ray-grass a été mis en place il y a deux ans. Dans ces conditions, la gestion de l’arrosage est primordiale. La piste engazonnée est arrosée tous les deux jours grâce à des arroseurs croisés Rainbird. Trois jours avant les courses, l’équipe technique affine son aspersion en ajoutant quelques millimètres au besoin pour assouplir le sol. En cas de période difficile, Lionel Jouan livre une petite astuce : « Lorsque je prépare une belle compétition et que mon gazon est en phase de décrochage, c’est-à-dire qu’il a faim, je fais un apport de fer liquide. En trois jour le gazon redevient vert foncé, ça tient dix jours, c’est éphémère mais ça marche ».

Un métier en évolution

Avec près de 30 ans d’expérience, il est aisé de dire que Lionel Jouan a de la bouteille et a vu évoluer son métier. Principalement en termes de travaux mécaniques. « Avant on ne faisait pas de travaux mécaniques. Il y a 30 ans, le métier se limitait à boucher les trous, tondre et rouler le gazon. Je pense qu’on a beaucoup copié sur les terrains de foot et les golfs, qui étaient plus à la pointe que nous. Beaucoup de gens du golf sont arrivés dans le monde des hippodromes et ont apporté leur expérience très pointue », estime-t-il. Un métier qui devra sans aucun doute continuer à s’adapter, notamment à l’interdiction des produits phytosanitaires prévu au 1er janvier 2025. Le directeur technique en est conscient et tente d’anticiper : un essai biologique a débuté l’automne dernier sur une portion de la piste avec des produits Soufflet (matière organique, biostimulants et produits de biocontrôle). « Ce que je peux déjà dire c’est que ça coûte deux fois plus cher que le chimique. Le jour où on va nous interdire les produits chimiques, il faudra y penser, je fais ces tests pour préparer l’avenir », explique-t-il. Mais avec son bagage technique et son savoir, fruits des nombreuses années qu’il a passées à entretenir les pistes, nul doute que Lionel Jouan et l’hippodrome de La Teste sauront trouver des solutions.

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