GroundsWeek 2026 : Les idées reçues du métier de groundsman
Publié le 27 mars 2026 à 07h00
Catégorie : Pratiques
Le métier de groundsmen suscite bien des clichés. Plusieurs professionnels ont accepté de témoigner des idées reçues et tentent de les confronter à la réalité du terrain.
Métier qui touche au sport et aux sportifs du plus près, le Groundsmanagement suscite bien des idées reçues. Plusieurs professionnels nous livrent les trois clichés de la profession et les confrontent à la réalité du terrain.
Camille Le Lay, GroundsWoman du Havre :
« Souvent les personnes extérieures pensent que nous sommes assis sur notre tondeuse toute la journée et que nous faisons que tondre ».
Or non, heureusement nous ne faisons pas que ça de nos journées. Nous passons énormément de temps à faire de la remise en place après les matchs et les entraînements, nous procédons bande par bande ce qui peut être très long en fonction des dégâts.
Sur le stade les tontes se fond à la simplex donc à pied (environs 3h). Les tracés sont aussi aux cordeaux (1H30 par terrain). Il faut également nourrir notre plante que ce soit en granulaire ou en liquide. Il y a aussi les abords en synthétique à désherber à la main. Les aérations, les regarnissages, le ramassage des déchets suites aux entraînements. Tout cela en jonglant entre les entraînements et les matchs, ce qui nous demande une bonne organisation et une bonne anticipation
« Le groundsman peut voir des matchs gratuitement et être au contact des joueurs »
Oui nous avons la chance de pouvoir assister au match en bord pelouse, mais il ne faut pas oublier que nous sommes au travail et qu’à n’importe quels moments nous sommes en capacité à intervenir sur un but (filets), un poteau de corner. A la mi-temps nous sommes sur le terrain pour vérifier si tout est encore bien en place, un tour de remise en état, de l’arrosage si besoin.
Et concernant les joueurs oui nous sommes à leur contact, mais en aucun cas, nous nous autorisons à les déranger pour discuter, prendre des photos, nous ne sommes pas là pour ça. Nous devons rester à notre place tout en étant la si besoin sur le terrain.
« Beaucoup pensent que notre jardin est aussi propre que notre terrain »
Je suis désolée de casser ce mythe, comme on dit généralement c’est le cordonnier le plus mal chaussé. Peut-être que pour certains c’est le cas, mais pour ma part, j’ai le jardin de monsieur et madame tout le monde.
Romain Andréac, passé par le Stade Toulousain et l’Olympique de Marseille :
« Une fois votre licence en gestion des surfaces sportives en poche, vous trouverez facilement un emploi et accéderez directement à un poste de cadre »
Dans les faits, les opportunités de début de carrière se limitent souvent à des postes d’exécution (jardinier non-cadre), avec des moyens restreints et une rémunération modeste. Pour atteindre le poste dont vous rêviez lors de vos études, il faut accepter de faire ses preuves sur le terrain, parfois dans des conditions difficiles. C’est un métier où l’expérience et la persévérance sont les seuls vrais sésames pour obtenir, à terme, les responsabilités et le salaire espérés.
Il suffirait de reproduire les mêmes pratiques mécaniques et agronomiques d’un site à l’autre pour obtenir un résultat identique. Par conséquent, pour rester indispensable et protéger sa réputation, il vaudrait mieux partager le moins d’informations possible.
Chaque site est unique. Il possède son propre historique, ses contraintes budgétaires, ses particularités techniques et son microclimat. Un plan de fumure ou une opération mécanique ne se calque pas : ils s’adaptent avec précision après une analyse rigoureuse de ces différents facteurs.
De plus, la réussite naît de l’échange. C’est le croisement des expériences qui permet à chacun de progresser. Partager son savoir n’enlève rien à la valeur d’un travail personnel assidu ; au contraire, cela renforce le professionnalisme de toute la filière.
« Tu as de la chance, tu travailles pour un club, tu tonds la pelouse de temps en temps… C’est un métier plutôt tranquille ! »
On est bien loin de cette image simpliste. Lorsque l’on prend en compte les facteurs agronomiques, on comprend vite que certains sites — parfois « anti-agronomiques » par leur conception même — ne se gèrent pas d’un simple coup de tondeuse. Chaque détail compte, chaque décision entraîne des conséquences immédiates, et certaines actions ne portent leurs fruits que des semaines plus tard.
La qualité de ces surfaces a une incidence directe sur le fonctionnement global de l’entreprise (performance sportive, enjeux audiovisuels, image de marque). Cela place une pression énorme sur nos épaules : un devoir de résultat omniprésent où la moindre défaillance se paie très cher. Pour réussir, il faut une palette de compétences extrêmement large : une maîtrise technique pointue, une grande résistance au stress, mais aussi des qualités humaines et politiques. Il s’agit d’œuvrer dans l’intérêt de l’entreprise, même quand ses impératifs divergent des nôtres, tout en absorbant cette pression sans jamais la laisser paraître.
Antoine Croum, Responsable pelouse Stade de la Rabine à Vannes :
« On ne fait que tondre toute la journée »
Faux. La tonte ne représente qu’une partie de notre travail. L’entretien et la préparation des terrains pour les matchs/entraînements passent aussi par de nombreuses opérations : remise en place, fertilisation, regarnissage, défeutrage, aération, traçage…
« Le rugby dégrade plus le terrain que le football »
Pas si simple. Les impacts sont différents. Les zones d’usure sont plus nombreuses au rugby : mêlées, réception des touches, coups d’envoi. À l’inverse, au football, l’usure est surtout concentrée devant les cages, à cause du piétinement en continu des 2 gardiens de buts. Aussi, un des paramètres non négligeables, souvent oublié est le fait qu’il y ait 8 joueurs de plus sur le terrain au rugby (30 contre 22).
Mais ce qui dégrade le plus un terrain c’est surtout les séances d’entraînement avec répétition de gammes aux mêmes endroits quel que soit le sport pratiqué.
« Les bandes de tonte sont dues à des hauteurs différentes »
Faux. Les différences de couleur (clair/foncé) ne viennent pas de la hauteur de coupe, mais du sens de tonte. Les rouleaux des tondeuses couchent le gazon dans un sens ou dans l’autre, ce qui reflète la lumière différemment.
Dominique Lagraulet, responsable pelouse Nouste Camp à Pau :
« La saison hivernale est facile à gérer vu que rien ne pousse »
Le grand public pense à tort que la saison hivernale est très facile à gérer dans le domaine des espaces verts, sachant que la nature est à l’arrêt. Dans ce métier, c’est tout le contraire, c’est le moment le plus délicat à passer pour maintenir les conditions de jeu optimum, que l’on dispose de moyens techniques ou non. Le printemps est lui bien plus confort que pour un jardinier EV, quoique très actif sur ou derrière une tondeuse !
« Toute l’esthétique de la pelouse repose sur la tonte »
La finalité d’un terrain esthétiquement beau n’est pas dû au simple passage de la tondeuse, comme beaucoup pourraient le croire ! La multiplicité des opérations techniques est complètement méconnue du grand public. Mes interlocuteurs curieux sont souvent ébahis à l’écoute de nos échanges, et reconnaissent une technicité rare pour expliquer un tel résultat. Les opérations de défeutrage, décompactage, griffage, sablage, roulage, fertilisations solides et liquides, traitements bio et fongicides, semis, sont autant d’arguments pour convaincre les gens de la particularité de notre métier !
Une méconnaissance globale de tous les facteurs
Enfin, tout l’environnement lié à l’évènementiel est à prendre en compte dans notre approche opérationnelle : arriver à obtenir le résultat optimum au moment « M ». Pas trop tôt, pas trop tard. Prendre en compte les volontés des usagers exigeants, les cahiers des charges voulus par les diffuseurs TV, et par les instances organisatrices (Ligue, Fédés). Ce n’est pas une idée reçue certes, mais une ignorance de tous ces éléments cachés dans les coulisses d’une préparation de pelouses d’élite !
Loïc Bodereau, Responsable sols sportifs et espaces paysagers au Stade Rennais
« C’est juste tondre la pelouse »
L’entretien des sols sportifs est très technique. Il ne s’agit pas seulement de tondre, mais aussi de gérer l’arrosage, la fertilisation, l’aération du sol et la prévention des maladies. Et j’en oublie.
« C’est un métier facile et peu qualifié »
Ce métier demande des compétences pointues en agronomie, en biologie des sols. Il faut savoir utiliser des machines spécifiques, analyser l’état du sol et du gazon, et parfois même utiliser des outils de mesure ou des logiciels de suivi.
« On travaille seulement quand il fait beau » ou alors « vous avez du travail pour tous les jours »
Le gazon nécessite un suivi régulier. Les périodes de forte activité peuvent même être plus intenses avant ou après les compétitions.
