Camille Le Lay, une des rares GroundsWoman en France
Publié le 24 mars 2026 à 07h00
Catégorie : Paroles d’experts
Camille Le Lay est un des très rares exemples de GroundsWoman en France. Elle raconte son parcours, ses ambitions et son ressenti en tant que femme dans la filière.
Si les femmes sont déjà rares sur les parcours de golf, elles le sont encore plus sur les pelouses professionnelles de football en France. Camille Le Lay fait pourtant figure d’exception dans cet écosystème. A seulement 26 ans, la Bretonne d’origine est responsable des terrains du HAC pour Terideal-Sparfel Normandie et a, malgré son jeune âge, accumulé un bagage technique riche grâce à diverses expériences dans des grands stades.
Peux-tu te présenter et retracer tout ton parcours ?
Je m’appelle Camille Le Lay, je suis responsable des terrains du HAC et je travaille pour la société Terideal Sparfel Normandie. J’ai 26 ans et je suis originaire de Bretagne.
J’ai commencé mon parcours scolaire par un bac pro Aménagements paysagers, puis j’ai poursuivi avec un BTS dans la même filière. J’ai ensuite terminé mes études par un bachelor RTAES, spécialisé dans les sols sportifs, que j’ai effectué en alternance sur la pelouse du Stade de France.
Par la suite, j’ai été seconde sur le stade Marie Marvingt au Mans. L’année suivante, j’ai pris mon envol en devenant responsable des terrains de l’Allianz Riviera à Nice. J’ai ensuite rejoint le Stade Malherbe de Caen pour deux ans. Aujourd’hui, je suis responsable du Stade Océane et du centre d’entraînement du HAC.
Comment es-tu tombée dans les pelouses sportives ? Qu’est ce qui t’a plus d’emblée dans ce secteur ?
Depuis toute petite, j’ai toujours été attirée par les espaces verts. C’est une passion qui m’a été transmise par mon père, qui bichonnait son gazon comme un green de golf.
J’ai donc naturellement choisi des études en aménagement paysager et, au fil de mes stages et des rencontres professionnelles, j’ai affiné mon orientation pour trouver ce qui me plaisait le plus : les terrains de sport.
Tu as travaillé sur plusieurs stades importants en France. Quelles expériences t’ont le plus marquée ?
J’ai eu la chance de débuter ma carrière comme apprentie au Stade de France, puis de travailler sur le stade Marie Marvingt au Mans, l’Allianz Riviera à Nice, le Stade Malherbe à Caen et désormais sur le Stade Océane au Havre.
Chaque stade m’a apporté son lot de belles expériences. Mais ma première émotion restera mon tout premier jour au milieu de la pelouse du Stade de France : on s’y sent minuscule mais tellement privilégiée.
J’ai aussi eu l’opportunité de participer à de grands événements, comme les demi-finales du Top 14 à Nice ou la finale de la Ligue des champions au Stade de France. Les périodes de scalpage sont également des moments particuliers : on retire le travail d’une année pour tout recommencer.
Si tu devais résumer ton métier et ta passion en quelques mots ?
Nous sommes un métier de l’ombre, mais indispensable au bon déroulement d’un match ou d’un entraînement. C’est un travail de patience, d’observation, de minutie et surtout de passion.
Les journées se suivent mais ne se ressemblent jamais : il y a toujours des ajustements à faire, des paramètres à anticiper selon le sportif ou l’état du gazon.
En résumé : c’est un super métier !
Le métier de groundsperson manque-t-il encore de visibilité selon toi ?
Oui, il manque clairement de visibilité. Il est peu connu du grand public, mais aussi parfois des professionnels du paysage. Heureusement, depuis quelques années, certains jardiniers de terrains de sport réalisent des vidéos pédagogiques qui expliquent notre métier et contribuent à le faire connaître.
Quelles sont les qualités essentielles pour exercer ce métier aujourd’hui ?
Pour bien faire ce métier, la première qualité, c’est la passion. Il faut aussi de la rigueur, de l’observation et beaucoup de patience, car nous travaillons avec du vivant, ce qui n’est jamais simple.
Chaque terrain est unique : ils ne réagissent pas tous de la même manière, les climats diffèrent, l’utilisation varie selon les équipes. C’est un métier où l’adaptation est essentielle.
Les femmes restent encore peu nombreuses dans l’entretien des pelouses de football. Comment expliques-tu cela ?
Je ne sais pas s’il y a une explication évidente. Dans le paysage, les femmes sont de plus en plus présentes, et je pense qu’il en sera de même dans les sols sportifs dans les années à venir.
Est-ce particulièrement dur d’être une femme dans ce secteur ? Doit-on encore plus faire ses preuves ?
Je ne dirais pas que c’est difficile, mais il faut avoir le caractère pour s’affirmer et montrer que l’on est tout aussi capable qu’un homme. Il faut toujours prouver que l’on peut faire le travail, même si certaines différences existent, comme la force physique. Pour ma part, je n’ai jamais eu de souci à m’intégrer dans une équipe 100 % masculine. Au contraire, j’ai toujours pu apporter ma pierre à l’édifice.
Selon toi, comment encourager davantage de femmes à rejoindre la filière ?
Il faut oser et tenter sa chance. Ce milieu est ouvert à tous. Si on est passionnée et qu’on aime ce que l’on fait, tout devient possible. Il ne faut surtout pas avoir peur d’échouer.
Peux-tu nous présenter le site que tu entretiens aujourd’hui ?
Je travaille actuellement sur le Stade Océane et sur le centre d’entraînement de Soquence, au Havre.
Nous sommes trois jardiniers à temps plein sur le site.
Le centre d’entraînement comprend un terrain hybride, une grande plaine en terresable équivalente à deux terrains ainsi que des espaces verts. Le stade, lui aussi, est en hybride.
Quelles sont les principales problématiques ou contraintes dans l’entretien de ces terrains ?
Je ne parlerais pas vraiment de problématiques, mais plutôt de défis. Nous avons deux championnats à gérer : la Ligue 1 et la D1 Arkema, ce qui peut compliquer la gestion du gazon, surtout en hiver. Pendant cette période, le gazon se repose très peu. À nous d’anticiper au maximum pour limiter la perte de densité. La météo peut aussi être une contrainte dans notre organisation.
Le football féminin s’est développé ces dernières années. Cela se traduit-il dans la qualité des pelouses et des infrastructures ?
Oui, cela a contribué au développement global du football. Le HAC fait partie des rares clubs à faire jouer hommes et femmes sur le même stade, et je trouve ça vraiment top. Cela montre le véritable intérêt du club pour la section féminine.
Quel conseil donnerais-tu à une jeune femme qui souhaiterait devenir groundswoman ?
Si c’est ce qu’elle veut faire, qu’elle fonce ! Quand on est motivée, tout est possible. Travailler avec du vivant n’est pas toujours simple, mais c’est passionnant et enrichissant : on apprend en permanence.

