La seconde vie du golf de Bordeaux-Cameyrac

Racheté il y a deux ans par le groupe UGOLF, le golf de Bordeaux-Cameyrac propose un joli challenge au jeune intendant Nathan Betfert : celui de redonner une jeunesse à un golf qui vient de souffler sa cinquantième bougie. 

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Pour certains, le passage à la cinquantaine est une période en proie aux doutes mêlée à cette sensation de dire adieu jeunesse et bonjour vieillesse. Au golf de Bordeaux-Cameyrac, cet âge rime plutôt avec renaissance. Sous l’impulsion du jeune intendant Nathan Betfert, le golf, qui a célébré son demi-siècle d’existence début juin, entame une seconde jeunesse. 


Créé en 1972 par Jacques Quénot – propriétaire et dessinateur du parcours -, le golf de Bordeaux-Cameyrac est composé d’un 18 trous, d’un 9 trous compact et d’un practice. La surface gazonnée de 72 hectares se distingue par ses pourtours boisés mais surtout la proximité des maisons avoisinantes (construites après le golf). Elle est entretenue depuis un an par Nathan Betfert et son équipe. A 31 ans, l’intendant possède déjà 15 années d’expérience dans le milieu. Après un BTS Aménagement paysager au lycée horticole de Niort, il officie ensuite pendant plus de trois ans en tant qu’adjoint-greenkeeper au golf Bluegreen Mignaloux Beauvoir avant de rallier la Gironde et le golf du Médoc comme jardinier deux années durant.  Après un passage d’un an à l’Hôtel de Sèze, il rejoint le golf de Bordeaux-Cameyrac une année après son rachat par UGOLF en 2020.


A Cameyrac, le projet qui lui est présenté est colossal et apparaît comme un défi de taille. « C’est un des golfs qui nécessite le plus de travail dans la région », lance-t-il. Et pour cause, à son arrivée, le golf est presque à l’abandon après un changement de greenkeeper qui ne s’est pas passé comme prévu. Les greens sont déverdis et terreux, les départs mal en point et le golf a perdu de nombreux clients. « Les greens avaient complètement brûlé en raison d’un arrosage défectueux », précise l’intendant. Comme si le défi n’était déjà pas assez grand, il constate également que le sol n’est pas spécialement propice à la culture des gazons de golf. Il est principalement composé d’une terre de « vignes » qui sèche aussi vite l’été qu’elle devient boueuse l’hiver. « Ce n’est pas forcément la bonne terre pour ces cultures, c’est difficile à travailler et cela conduit notamment à raisonner différemment la fertilisation : en fin d’année par exemple je ne fertilise pas mes fairways. C’est inutile étant donné que s’il pleut beaucoup, les travaux mécaniques seront impossibles », admet-il. 


Dès son arrivée, l’intendant établit l’amélioration de la qualité des greens comme la priorité absolue. Pour relever ce défi, il recrute trois personnes (un jardinier, un boulanger en reconversion et un mécanicien) et concentre toute l’attention et les interventions de son équipe sur les cœurs de parcours. 
 

Les greens priorité numéro un


Il fallait pour cela dans un premier temps mettre à niveau l’arrosage des greens (les fairways ne sont pas arrosés). Une amélioration indispensable selon l’intendant : « Avant, ils arrosaient à l’eau potable avec seulement trois bars de pression. Cette pression trop faible ne permettait pas une couverture homogène des greens et certaines zones ne recevaient pas d’eau du tout. »  Le  réseau de canalisation primaire a été refait avant le premier confinement. Le réseau secondaire a quant à lui fait l’objet d’un gros investissement l’année suivante. C’est l’entreprise nantaise Arrosage System qui a réalisé les travaux. « Près de 300 arroseurs Rainbird 752 series ont été installés. Tout est centralisé sur PC avec le logiciel Stratus LP. Aujourd’hui, j’ai 8 bars de pression et je peux adapter mon arrosage en fonction des conditions particulières de chaque green », détaille-t-il. « Je les mets en 360° pour qu’ils arrosent aussi derrière les greens. Je préfère deux petits arrosages le soir et le matin à un seul plus important », ajoute l'intendant. Avec ces aménagements, le golf atteint une homogénéité de l’arrosage sur tous les greens. 


Le mode d’alimentation en eau du golf a aussi évolué. S’il se servait avant en eau courante, le golf s’alimente désormais d’abord dans l’étang qui entoure le green du trou n°13, avant de puiser dans les nappes phréatiques. La quantité d’eau utilisée est minutieusement contrôlée à l’aide de sondes au niveau du forage.
 

« On fait aussi un énorme travail de sol, avant il n’y avait pas de sable apporté. Je fais une opération deux fois par mois où je perce et je rajoute du sable », ajoute-t-il. En plus d’un apport en sable, l’intendant utilise aussi du Profile avec parcimonie, en ciblant uniquement les zones sèches. Ce produit est une céramique poreuse améliorant les états physiques et chimiques du sol. « Cette céramique permet de retenir l’eau et l’air. Elle coute cher, on ne peut pas se permettre d’épandre le produit partout, il faut réfléchir aux zones stratégiques sur lesquelles l’utiliser », poursuit l’intendant. Le produit poudreux est appliqué sur les greens préalablement aérés, puis dispersé dans les trous à l’aide d’une raclette.

 

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Concernant le couvert végétal des greens, il est essentiellement composé d’Agrostides stolonifères. Mais en hiver, pour reboucher les trous, du pâturin annuel est sursemé. Ce choix assumé par Nathan Betfert a permis de rapidement reverdir les greens à court terme. Mais une fois les greens remis à niveau, le pâturin présente des désavantages. « Maintenant, on est un peu obligé de combattre le pâturin, c’est beaucoup plus sensible aux maladies et en termes de jeu ce n’est pas le mieux. On doit donc scarifier, sabler et resemer de l’Agrostide. Désormais on va basculer en 100 % stolonifère sur les greens », affirme-t-il. En près d’un an de travail, les résultats sont déjà visibles tant la qualité des greens s’est améliorée. « On est encore loin du résultat escompté. On ne touche pas au but, on s’en rapproche. Mais les clients sont contents », indique Nathan Betfert.

Après les greens, l’intendant et son équipe s’attèleront à l’amélioration des départs dont l’arrosage sera refait l’année prochaine. « On va faire des regarnissages toutes les semaines sur les départs avec du Ray-grass. C’est ultra rapide à prendre, c’est pratique pour des zones régulièrement abimées comme les départs », précise-t-il.

Invasion de paspalum et inversion de flore sur les fairways


L’absence d’arrosage sur les fairways couplé à la nature du sol permettent également à certaines espèces indésirables de s’installer sur le golf. C’est notamment le cas du paspalum dilatatum, véritable fléau à Cameyrac. Il se répand comme une tache d’huile et il est presque impossible de l’éradiquer sans utiliser de glyphosate. « Ici le problème, c’est qu’on n’a pas d’arrosage sur les fairways, les graminées meurent rapidement et laissent le champ libre à cette espèce invasive qui pousse vite et passe mal dans les cylindres des tondeuses. Sans compter que la tonte disperse les graines. Pour l’éradiquer, il faudrait passer du glyphosate, retourner la terre et ensuite resemer », explique le greenkeeper.

 

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La gestion et l’entretien des fairways non arrosés est une tâche ardue. L’une des pistes envisagées est l’inversion de flore. L’intendant a entrepris une phase de test sur une portion du parcours. Cinq variétés ont été sursemées, sans mélange : pâturin, fétuque élevée, fétuque traçante, cynodon et Ray-grass, au milieu d’un fairway pauvre en hygrométrie et dépourvu d’arrosage. Toutefois, pour maximiser la levée de ces variétés plus résistantes à la sécheresse et au manque d’eau, un système d’irrigation rollcart a été installé. « On fait ces tests en sursemis et dans des conditions réelles avec du piétinement et de la sécheresse.  Le problème du sursemis c’est qu’entre les oiseaux et le piétinement il y a presque 30 % de perte sur la semence. Sur un sol dur comme celui-ci il y a beaucoup de concurrence, la levée est difficile », regrette-t-il. Avec la canicule, les résultats n’ont pas été satisfaisants, mais les tests auront tout de même permis à l’intendant d’identifier une méthode plus adaptée. « Si je fais une véritable inversion de flore, je ne ferais pas comme ça. Je repartirais de 0, c’est-à-dire sur un sol à nu », concède-t-il. Cet apprentissage devrait très prochainement lui servir : il a pour projet la réfection totale d’un fairway envahi de paspalum en retournant la terre. Et pour ce qui est des semences, sans pour autant avoir de certitude, Nathan Betfert a déjà sa petite idée et planche pour un mélange de cynodon et de Ray-grass. 

Au-delà de ces principaux chantiers, les problèmes à rectifier restent nombreux. L’intendant en est conscient et avance pas-à-pas avec son équipe. « On essaie d’apporter de nouvelles idées, de nouvelles choses, mais il faut du temps », avoue-t-il. Parmi les nombreuses tâches qui attendent l’équipe d’entretien, la réfection de l’île du trou n°13 est prévue. Ce dernier, considéré comme le trou signature du parcours, voit son île s’effriter, ce qui rend son entretien difficile et dangereux. Le drainage du parcours, qui n’a pas été refait depuis 1972, devrait également faire l’objet de modifications en ciblant des zones stratégiques. Enfin, le practice de 170 m de long devrait être revu ou déplacé pour allonger la distance d’entraînement.