Intendants/Greenkeepers : Les gardiens de la nature
Publié le 25 mars 2026 à 07h00
Catégorie : Pratiques
Véritable nid à biodiversité et garant d’espaces verts dans un monde qui tend vers l’urbanisation, les golfs jouent un véritable rôle de puits verts. De ce fait, les intendants et greenkeepers revêtent eux aussi une responsabilité environnementale : celle de conserver et d’harmoniser toute la nature présente sur leur site.
Si l’on pense généralement gazon et golf lorsque les mots intendants et greenkeepers nous viennent aux oreilles, ce métier évolue avec son temps et son environnement. A tel point qu’aujourd’hui, les représentants de ces professions ne sont pas uniquement des agronomes garants de surfaces de jeu, mais bel et bien de véritables gardiens de la nature.
Peut-on faire ce métier sans aimer le golf ? Peut-être. J’ai en tout cas déjà croisé des intendants qui n’avaient pas de véritable attache avec ce sport. Peut-on faire ce métier sans aimer sincèrement la nature ? Non, de façon catégorique. Être intendant d’un parcours de golf signifie aujourd’hui avoir une connexion toute particulière avec l’écosystème qui l’entoure. Une connexion qui implique un changement de pratiques et beaucoup de temps.
Les golfs, réserves de faune et de flore
Bien trop souvent, les golfs sont perçus comme des espaces très artificialisés. Si c’est bel et bien le cas sur certaines zones qui ne permettent pas à la nature de s’épanouir (parking, club-house, etc), bien d’autres espaces favorisent au contraire la préservation des espèces, aussi bien de la faune et de la flore.
La Fédération Française de Golf l’a très vite compris et le met en avant via le Programme Golf pour la Biodiversité mis en place. Les diagnostics réalisés dans le cadre du programme montrent que l’emprise foncière d’un parcours intègre également une mosaïque d’habitat semi-naturels ou naturels qui hébergent une biodiversité insoupçonnée.
« En moyenne, on recense autour de 22 types d’habitats différents par golf. Les milieux ouverts herbacés, proches de prairies, peuvent bénéficier de gestions extensives (fauche tardive, hauts-roughs), offrant ainsi des refuges majeurs pour la faune et la flore. Les boisements situés hors des lignes de jeu peuvent être laissés en libre évolution, avec le maintien d’arbres à cavités et de bois mort, tandis que les zones humides, au-delà de leur rôle d’obstacle, assurent des fonctions écologiques essentielles. Même si ces habitats occupent parfois une surface moindre que les zones de jeu, ils participent aux continuités écologiques et contribuent à relier différents réservoirs de biodiversité à l’échelle locale », explique Honorine Roche, Chargée de projet « Connaissance et valorisation du patrimoine naturel des espaces golfiques » à PatriNat (Museum national d’Histoire naturelle).
Aujourd’hui, plus de 150 golfs sont labellisés, ce qui veut dire qu’ils ont fait réaliser un diagnostic écologique par une structure naturaliste afin d’analyser la faune et la flore présentes sur leur parcours. « Cette démarche traduit aussi la volonté de regarder le parcours autrement : non plus uniquement comme un simple support de performance sportive, mais comme un milieu vivant », poursuit-elle.
Les zones hors-jeu au cœur des stratégies de biodiversité
Si les intendants et leurs équipes passent la plus grande partie de leur temps à entretenir les fairways et les greens, des zones de jeu décisives ; depuis quelque temps, ils prêtent une attention particulière aux zones hors-jeu. Des espaces qui peuvent être dédiés à la biodiversité et qui laissent part à la créativité de ceux qui veulent bien les aménager.
« Les intendants connaissent par cœur le parcours, les zones de jeu comme les zones hors-jeu, ces dernières étant celles où se trouvent la plus grande biodiversité présente sur les golfs. La gestion des zones hors-jeu n’est pas toujours évidente, et demande de la connaissance, ce qui s’apprend souvent sur le tas, et notamment avec les interventions des structures naturalistes. Les naturalistes apportent une expertise spécifique sur la gestion écologique des zones hors-jeu, en complément des compétences des greenkeepers en matière d’entretien du parcours. Et si on parle souvent de laisser faire, en matière de protection de la biodiversité, ce n’est pas toujours le cas. Par exemple, il vaut mieux gérer une prairie pour qu’elle reste une prairie (très intéressante d’un point de vue biodiversité et un habitat en fort déclin en France), plutôt que laisser faire la nature, et dans ce cas la prairie deviendrait une forêt. C’est là où le greenkeeper a un rôle prépondérant : agir quand il le faut et où il le faut, pour maintenir la biodiversité sur les parcours de golf », explique Claire Pignon, chargée de projet biodiversité à la FFGolf.
Dans le cadre du programme, en plus du diagnostic, les golfs labellisés doivent mettre en place diverses actions sur le terrain : améliorer les potentialités d’accueil de la faune et de la flore, protéger les espèces rare ou menacées présentes sur le site, adapter les travaux d’entretien afin de mieux intégrer la biodiversité dans la gestion courante du jeu, etc. « Cela suppose que les intendants de parcours fassent évoluer leurs pratiques et leur approche, en se positionnant à la fois comme gestionnaires de parcours sportifs et gestionnaires de milieux naturels », estime Honorine Roche. Pour certains, il n’a jamais été question de faire autrement.

L’intendant, un facilitateur pour la biodiversité
Pour Macolm Townsend, intendant du Golf La Rochelle Sud, la prise en compte de la biodiversité n’a pas redéfini ses pratiques puisque la Nature a été sa porte d’entrée dans le greenkeeping. L’approche très environnementale du Golf de La Rochelle Sud l’a séduit rapidement, lui qui partage à 100 % la vision de Robert Eugène, son directeur. Le parcours l’Otus, récemment créé, est dédié au pitch & putt. Il s’intègre parfaitement dans son environnement naturel, sa conception et son entretien ont été pensés avec une attention particulière portée à la biodiversité et aux équilibres écologiques locaux. Il a d’ailleurs été le premier parcours à obtenir le Label Or du Programme Golf pour la Biodiversité.
« Je suis arrivé à la création du 18 trous compact l’Otus. Les parcelles de champs ont fait place à la végétation, aux cours d’eau. La nature a rapidement repris ses droits de manière très rapide, elle a pris possession du site et s’est intégrée dans son environnement de Charente-Maritime. C’était impressionnant », se remémore Malcolm. Puis des actions ont été menées en faveur de la biodiversité avec notamment la suppression des produits phytosanitaires et des insecticides sur les fairways et les roughs dans un premier temps. « Nous avons réalisé beaucoup d’aménagements paysagers pour la nature, avec ce que nous avions sous la main », poursuit-il. Les déchets végétaux ont été valorisés : créations d’habitats, d’hibernaculum, transformation de déchets en copeaux de bois, etc. De nombreux corridors végétaux ont été construits. Les aménagements des plans d’eau ont été faits en pente douce pour éviter de créer des pièges à faune. Des nichoirs, des piquets à rapaces, des haies de Benjes ont également été installés. « Le golf devient un système écologique fonctionnel. Nous ne pilotons plus seulement un terrain : nous devons aussi être les garants de la nature qui l’entoure », résume-t-il.
Nathan Betfert est depuis 2021 l’intendant du Golf de Bordeaux-Cameyrac. C’est au début de sa carrière, au Golf du Médoc (aujourd’hui Cabot Bordeaux), qu’il a pris conscience du « pouvoir de l’intendant concernant la biodiversité ». « Je bosse avec la nature. C’est moi l’intrus dans la nature. Je dois essayer de ne pas la déranger », lance-t-il. A Cameyrac, il s’attelle à plusieurs projets sur les zones hors-jeu avec un attrait pour ce qui est visuel : jachères fleuries, paillage des chênes, réhabilitation des berges de marre, florissement des entrées du golf, etc « Il y a un retour de la faune incroyable dès lors qu’on met en place des choses, sans forcément beaucoup de moyens », reconnait-il.

L’intendant, un spectateur-acteur et contemplateur de la Nature
Sur un parcours de golf, l’intendant est la première personne présente le matin. Un privilège dans des espaces aussi peuplés par la nature. « Le matin, les oiseaux prennent très vite possession du site. Nous avons le privilège d’être présent avant tout le monde, dès l’aube, seul, et de contempler ce spectacle où les oiseaux chantent sans aucun autre bruit », nous raconte l’intendant rochelais. C’est ce qui fait aussi la beauté de ce métier.
Une nouvelle porte d’entrée vers la filière ?
La gestion des écosystèmes présents sur les parcours de golf prend de plus en plus de temps. Nathan Betfert estime passer 30 % de son temps à l’année à se concentrer sur les zones hors-jeu. Cette tâche peut revenir à une personne comme ce fut le cas avec une stagiaire pendant 3 ans. Dans d’autres golfs comme à Nancy Aingeray, une personne est dédiée à la biodiversité. Le métier d’intendant évolue et laisse une part belle à cette notion de biodiversité. Ne serait-ce pas là l’occasion d’attirer de nouveaux profils ?
« Je pense que c’est une nouvelle porte d’entrée qui amène beaucoup plus de technicité et de savoir-faire. Le format d’intendant évolue : ce n’est plus seulement un espace sportif à gérer, mais aussi la nature à intégrer. Et toutes les formations doivent selon moi l’initier. Le mot intendant est dépassé, nous sommes désormais des intendants et gestionnaires d’écosystèmes », lance Malcolm Townsend.
Le Rochelais est bien placé pour le savoir, lui qui n’était pas familier avec le monde du golf et du greenkeeping avant d’arriver à La Rochelle Sud. Du côté de Cameyrac, cette dimension écologique du métier a déjà séduit une personne ! Nathan Betfert travaille régulièrement avec une école de paysagisme locale. Dans le cadre de leur enseignement en génie écologique, certains élèves travaillent ponctuellement sur le golf dans le cadre de projets. Cette collaboration gagnant-gagnant participe à créer des vocations : une élève de cette école a fait un stage de 3 ans au Golf de Cameyrac, où elle était chargée de projets biodiversité. Cette dernière souhaite désormais devenir intendante et rejoindra la formation du CFPPA UFA des Flandres à Dunkerque.
Laisser la Nature revenir, ce n’est pas rien faire
Pour beaucoup, laisser la Nature reprendre ses droits revient à ne rien faire, laisser pousser, observer, ne pas intervenir. Ce n’est pas le cas. « Je vais prendre un exemple un peu idiot, celui d’une coupe de cheveux. Ce n’est pas parce qu’on laisse nos cheveux pousser qu’il ne faut rien faire, sinon ça ne ressemblera à rien », indique Nathan Betfert. Pour Malcolm Townsend, il y a « un entre-deux à trouver entre intervenir et laisser la Nature tranquille ». Il ne s’agit pas d’un non-entretien, de laisser à l’abandon, mais d’un entretien différent.
Véhiculer le bon message…aux bonnes personnes
Nathan Betfert intervient auprès des futurs pro de golf, une fois par an, à Bordeaux-Lac, sur le volet biodiversité et transition écologique. L’objectif est de leur expliquer ce qui est mis en place aujourd’hui sur les golfs et de leur donner des clés de communication. « Je les incite à aller voir leur greenkeeper, à s’intéresser au terrain. Les pros de golf sont tout le temps au contact des clients, bien plus que nous, c’est à eux de véhiculer la bonne image et les bonnes informations », explique l’intendant.
Loin des idées reçues, les golfs sont de véritables réservoirs de biodiversité et offrent des coupures végétalisées dans un environnement de plus en plus artificialisé. Les intendants ont la responsabilité de mettre en place des actions concrètes en faveur de cette biodiversité. Ils ne sont plus seulement les garants d’une surface de jeu sportive, mais d’un écosystème qui intègre des surfaces de jeu. Cet aspect environnemental prend de plus en plus de place dans le quotidien de l’intendant : être le gardien de la nature prend du temps. Mais ce nouvel équilibre entre surfaces sportives et gestion des écosystèmes pourrait bien attirer de nouveaux profils dans la filière. Elle en a cruellement besoin.