Nicolas Gourdin : Un groundsman en quête du Pacifique

Publié le 20 mars 2026 à 07h00

Catégorie : Pratiques

Après une longue expérience en France du côté de Châteauroux, Nicolas Gourdin a rallié le Pacifique où il a pour mission de préparer les Jeux du Pacifique. Une nouvelle aventure dépaysante, avec des contraintes climatiques et des méthodes de travail nouvelles.

Nicolas Gourdin

Bonjour Nicolas, peux-tu te présenter et présenter ton parcours ?

Je m’appelle Nicolas Gourdin, j’ai 44 ans, je suis marié et père de deux enfants. Mon parcours est marqué par l’engagement et le travail de terrain. J’ai effectué huit années dans l’armée, une expérience qui m’a apporté rigueur, discipline et sens des responsabilités. À l’issue de cette période, j’ai choisi de me reconvertir comme jardinier paysagiste, avec l’envie d’exercer un métier concret, technique et exigeant. Après plusieurs années d’expérience et d’évolution professionnelle, une opportunité s’est présentée à Tahiti, que j’ai acceptée pour le défi humain et professionnel qu’elle représentait. J’y exerce aujourd’hui mes fonctions dans le domaine des terrains sportifs.

 

Comment as-tu atterri dans le monde du gazon sportif ?

En 2020, mon cousin, Romain Pabbruwee (groundsman passé notamment par la Fiorentina), m’informe qu’un poste est à pourvoir pour l’entretien du terrain de la Berrichonne de Châteauroux. Passionné de football depuis toujours, je n’ai pas hésité une seconde et j’ai saisi cette opportunité. C’était pour moi la rencontre entre ma reconversion dans le paysage et ma passion du sport. Travailler sur une pelouse professionnelle représentait un vrai défi technique et une motivation supplémentaire au quotidien.

 

Comment t’es-tu retrouvé à travailler en Polynésie ?

J’ai déjà eu une première expérience en Outre-mer, puisque j’ai travaillé trois ans en Nouvelle-Calédonie, de 2016 à 2019. C’est à cette période que j’ai rencontré Mathieu Delavaloire, avec qui j’ai collaboré. L’année dernière, il m’a recontacté pour me proposer un poste à Tahiti afin de préparer les terrains en vue des Jeux du Pacifique. Le projet m’a immédiatement séduit : à la fois pour le défi technique que représente un tel événement et pour l’opportunité de revenir travailler dans le Pacifique.

Polynésie française sur la carte
Plus de 15 000 km séparent le Stade Gaston Petit de Châteauroux de la Polynésie française.

 

Quel est ton rôle et quelles sont tes missions ?

Je suis chef de chantier chez Sport Équipements Solutions (SES), et je m’occupe principalement du lot « terrain de sport » à Papeete, notamment du stade Pater. Mon rôle consiste à superviser les travaux de rénovation des installations sportives, en veillant à leur qualité et à leur performance. En parallèle, je gère plusieurs autres chantiers, comme des terrains de tennis, salle de sport ou la réhabilitation de la piste d’athlétisme. Mon travail consiste à coordonner les équipes, planifier les interventions et m’assurer que chaque site réponde aux exigences techniques et sportives.

 

Peux-tu présenter les Jeux du Pacifique ?

Les Jeux du Pacifique sont un événement majeur pour la région, rassemblant environ 4 500 athlètes sur 24 sites et pour 24 disciplines différentes. C’est une compétition qui mobilise toute la communauté polynésienne et représente un moment fort pour le sport local. Tahiti n’avait pas accueilli les Jeux depuis près de trente ans, ce qui rend cette édition particulièrement exceptionnelle. C’est un véritable défi, à la fois sportif et organisationnel, pour tous ceux qui travaillent à la préparation des infrastructures.

 

Sur quelles pelouses vont il être disputés ?

Je ne m’occupe pas directement de l’organisation des Jeux, mais plusieurs sites sont concernés. Le principal est le stade Pater, que je rénove actuellement. Pour ce qui est des disciplines exactes qui seront disputées sur chaque terrain, les détails ne sont pas encore entièrement définis. Mon rôle consiste surtout à préparer ces installations pour qu’elles soient prêtes et conformes aux exigences sportives lorsque l’événement débutera.

 

Y a-t-il des normes FIFA à respecter pour les terrains de la compétition ?

Oui, le terrain doit répondre à des normes FIFA très strictes, aussi bien pour la sécurité que pour la performance des joueurs. Pour s’en assurer, nous recevons régulièrement des inspections d’un laboratoire venu de métropole. L’objectif est que les pelouses soient toujours au plus haut niveau, prêtes à accueillir des compétitions internationales comme les Jeux du Pacifique.

 

Tu vas devoir travailler avec de nouvelles graminées et méthodes, peux-tu en dire plus ?

Oui, nous allons utiliser des graminées spécialement adaptées aux climats tropicaux (du bermuda notamment), une première ici à Tahiti, car un gazon semé n’a jamais été réalisé sur ces terrains. Nous avançons donc pas à pas, en essayant d’anticiper au maximum chaque étape, tout en sachant qu’il y aura toujours des imprévus et des surprises à gérer.

 

Quelles sont les particularités du climat polynésien et comment comptes-tu t’y adapter ?

Le climat polynésien est très tropical et imprévisible : il peut pleuvoir 200 mm en deux jours, puis une semaine de grand soleil avec un sol qui atteint plus de 40 degrés. Chaque chantier devient donc une découverte, un peu comme si l’on explorait un terrain inconnu.

Pour m’adapter, j’avance avec méthode et expérience, en testant différentes approches et en essayant d’anticiper au mieux les contraintes climatiques. Je peux aussi compter sur le soutien de collègues expérimentés, comme mes cousins, Romain et Yann Pabbruwee, et sur les connaissances que j’ai accumulées. Dans le monde des terrains de sport, c’est un environnement très solidaire, où l’entraide est essentielle pour réussir des projets de cette ampleur.

 

Que représente ce nouveau challenge pour toi ?

C’est une vraie aventure. Nous allons réaliser quelque chose qui n’a jamais été fait à Tahiti, et avec ma société S.E.S., nous serons les premiers à relever ce défi. J’y crois pleinement, et j’espère que cette réussite pourra ouvrir la voie à d’autres projets, montrer que des terrains de qualité peuvent être construits et entretenus sous des climats tropicaux, et inspirer de futures réalisations dans toute la région pacifique.

 

Corentin RICHARD

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