Stade Jean-Bouin : Une première année de cohabitation foot-rugby réussie

Publié le 11 septembre 2026 à 07h00

Catégorie : Pratiques

Depuis l’arrivée du Paris FC à Jean-Bouin, le stade francilien doit jongler entre les configurations football et rugby en Ligue 1 et Top 14. Une gymnastique qui a demandé une organisation particulière comme le confient Gary Robertson et Alric Patin, les responsables de la pelouse.

Transformation du Stade Jean Bouin du football au rugby, du Paris FC au Stade Francais on October 24, 2025 in Paris, France. (Photo by LP/Icon Sport/Baptiste Fernandez)

Début juin, la LFP publiait le classement des pelouses de Ligue 1. Si l’OGC Nice trône en tête, un autre club a su tirer son épingle du jeu dans un contexte unique : le Paris FC. Domicilié au Stade Jean Bouin, en cohabitation avec le Stade Français (Top 14), le club francilien est le seul de l’élite à partager sa pelouse avec un club de rugby. Malgré cela, la pelouse hybride parisienne s’est classée à la 7e place du classement, avec une note de 17,97. Une note qui vient récompenser le travail de Gary Robertson, Head Groundsman, Alric Patin, Deputy Head Groundsman, et Ewan Hauvel, groundsman pour Natural Grass.

Comment ces derniers ont-ils géré la cohabitation et relevé un défi unique : maintenir une pelouse élite malgré des doublons de matchs et des contraintes climatiques fortes ?

 

Pelouse stade Jean Bouin

L’année 0 de Jean Bouin

A bien des égards, cette saison 2025/2026 marque l’année 0 du projet Jean Bouin, aussi bien pour le prestataire Natural Grass (qui a ses bureaux dans le stade) que pour la nouvelle équipe d’entretien, réunie pour la première fois à l’été 2025.

Ils sont 3 salariés à s’occuper de la pelouse parisienne : Gary Robertson, Head Groundsman anglais d’expérience passé notamment par Blackburn, Alric Patin, Deputy Head Groundsman qui travaillait auparavant au centre d’entrainement du MHSC, et Ewan Hauvel, groundsman. Cette nouvelle équipe a dû apprendre à se connaitre en même temps qu’elle apprenait le micro-climat de Jean-Bouin. Ce dernier est caractérisé un facteur principal : une ombre portée importante, surtout l’hiver, qui plonge la totalité de la pelouse dans l’ombre

En plus d’une cohésion à construire et d’un nouvel environnement à cerner, l’équipe a également dû apprivoiser une nouvelle technologie avec AquaFlow. AquaFlow est un système de subirrigation, développé par Natural Grass, qui apporte l’eau directement au niveau du système racinaire. Grâce à une interface de pilotage couplée à des sondes hygrométriques, les groundsmen peuvent ajuster les niveaux d’eau en fonction des besoins de la plante. Ce n’était pas une routine mais une phase de rodage où Gary a du apprendre à piloter l’irrigation sur ce nouvel outil, qui représente un investissement conséquent de la part du Paris FC.

Technologie AquaFlow Jean Bouin
Le stade Jean Bouin a été le premier équipé de la technologie AquaFlow.

 

Après une saison d’utilisation, le dispositif a fait ses preuves sans avoir encore dévoilé tout son potentiel. Alric se dit « vraiment emballé » par cette technologie innovante et se projette même plus loin : « On n’y pense pas forcément au premier abord mais je pense que la sub-irrigation, via AquaFlow, va avoir une incidence directe sur l’absorption des engrais par la plante. »

 

Gérer la cohabitation foot-rugby

Pour cette première saison de cohabitation, la pelouse du stade Jean-Bouin a accueilli près de 40 événements. Parmi eux, 17 matchs de Ligue 1 et 13 de Top 14. L’équipe a pu bénéficier des conseils précieux de David Moutin, Head Groundsman du Stade Robert Diochon à Rouen pour Natural Grass, qui a la particularité d’entretenir une pelouse qui accueille trois clubs professionnels : deux de football et un de rugby.

A quatre reprises, les deux clubs ont évolué à domicile le même week-end, ce qu’on appelle des doublons (deux fois foot puis rugby, deux fois l’inverse). Un des cas les plus extrêmes de doublon avait fait la une avec un match de Ligue 1 le samedi et un match de Top 14 en prime-time le lendemain face au Stade Toulousain. Le terrain devait être livré dès 6h du matin le dimanche pour le traçage des sponsors. L’équipe d’entretien a alors réalisé en une nuit ce qui se fait habituellement en deux jours : effacement des lignes de football (au balai, seau d’eau et dissolvant adapté), retrait des cages, installation des poteaux de rugby, nouveau traçage rugby, nettoyage du terrain à la tondeuse rotative, tonte hélicoïdale, gestion de la luminothérapie.

La gestion des lignes de traçage est le principal fil rouge de l’entretien du terrain dans un contexte de cohabitation foot-rugby. « Ni le football, ni le rugby ne souhaite les marques de l’autre discipline, ce qui rend le traçage et l’effacement permanents », indique Alric Patin. Une contrainte qui rend l’utilisation de peinture effaçable nécessaire, lorsque la météo le permet… « La fois où nous voyions le plus les traces, il avait plu le jour du traçage. Nous avions été obligés d’utiliser un peu de peinture permanente », se souvient-il. Pour rectifier, l’équipe a dû expérimenter des peintures vertes, trouver le bon dosage pour se rapprocher au maximum de la teinte naturelle du gazon. Finalement, pour préserver l’intégrité de la pelouse, l’équipe d’entretien privilégie l’effacement manuel des traçages, au balai, une méthode certes chronophage mais qui produit le meilleur rendu selon le groundsman.

Les réglages de tonte ont été modulés. L’équipe d’entretien, pour se conformer aux attentes des deux sports (22-25 mm pour le foot, 25-30 mm pour le rugby), vise les valeurs hautes pour le football et basses pour le rugby, tout en respectant la règle du « moins d’un tiers » de coupe et des paliers progressifs pour limiter le stress.

Du football au rugby, les zones d’usure sont différentes. Elles sont principalement dans la surface de réparation au football tandis que le rugby concentre les dégâts sur les zones de mêlées ou ballons portés. Le protocole post-match reste globalement similaire, quel que soit le sport : ramassage des chiquettes, rebouchage, réparation, tonte.

 

Une première saison plus que réussie et des marges de progression

A l’annonce du classement des pelouses de Ligue 1, difficile de cacher leur satisfaction pour les équipes de Natural Grass. La pelouse du PFC se classe à la 7e place avec une note de 17,97. Mais elle est la seule dans l’élite à accueillir du foot et du rugby. « Si on nous avait dit avant la saison que nous terminerions à cette place, nous aurions signé des deux mains ! », se satisfait Alric Patin.

L’équipe terrain a su trouver sa synergie et sa complémentarité au fil des semaines pour gérer un environnement et un contexte inédits et si particuliers. La saison 2026/2027 apportera son lot de nouveaux défis. Ils ont d’ailleurs commencé dès l’été avec le choix de semer une nouvelle pelouse, là où un gazon avait été plaqué la saison précédente puis stitché. Une implantation rendue plus délicate encore par les vagues de chaleur successives. Ce changement de matériel végétal devrait également conduire l’équipe à faire évoluer ses stratégies de luminothérapie, ses apports agronomiques et certaines opérations mécaniques.

En parallèle, la maitrise de plus en plus fine de l’outil AquaFlow offre une belle marge de progression à Jean Bouin. L’équipe d’entretien travaille en étroite collaboration avec l’équipe R&D de Natural Grass, implantée elle aussi à Jean-Bouin, pour formaliser des protocoles d’entretien, notamment articulés autour des niveaux d’humidité et des températures, et en intégrant l’impact de la subirrigation sur l’absorption des nutriments. Après une première saison consacrée à apprivoiser Jean-Bouin, la deuxième sera donc celle de l’optimisation.

Corentin RICHARD

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